Séance du lundi 23 avril 2007
aux Archives départementales du Nord
sous la présidence de Philippe MARCHAND
Présents :
Melle Ch. Lesage, M. B. Lefebvre, M. R. Berger, Melle M. Mestayer, Mme
M. Jeanson, M. J.-P. Ribaut, M. C. Depauw, Mme M. Heddebaut, Mme F.
Bruno, M. R. Hanoune, Mme Th. Lecroart, M. Y. Claeys, M. B. Schaeffer,
M. A. Delqueux, M. M. Tomasek, M. Ph. Masingarbe, M. G. Janssen, M. M.
Delecaut, Melle R. Cleyet-Michaud.
Excusés :
M. R. Galamé, M. J.-M. Goris, M. P. Oddone, Mme J. Bacquart, M.
F. Boniface, M. D. Delgrange, Mme M.-P. Dion, M. J.-M. Duvosquel, Mme
C. Wallart, M. G. Sivery, M. D. Terrier, Mme M. Malle-Grain, Dr.
Desplats, Mme Cuvelier, Mme Marécaille, M. l’abbé
Deleplanque, M. M. Vangheluwe.
COMMUNICATION
La librairie à Lille 1810-1914
Par M. Philippe Marchand
En 1810, Lille peuplée d’environ 62 000
âmes, compte « dix-sept débitants de livres »
dont huit sont recensés en tant que libraires, les autres
étant des « bouquinistes prêtant des livres et en
vendant même parfois des neufs ». Sur les huit libraires,
sept sont surtout connus comme imprimeurs ayant commencé leur
carrière sous l’Ancien Régime pour quatre
d’entre eux, les trois autres après 1800. Selon le
préfet du Nord, cinq libraires peuvent inspirer confiance au
gouvernement. En revanche, il convient de se méfier de leurs
trois confrères diffusant des ouvrages hostiles au régime
ou obscènes. En dépit de ces observations, le ministre de
l’Intérieur autorise les huit libraires à
poursuivre l’exercice de leur profession. Une liste
supplémentaire vient rapidement ajouter deux noms aux
heureux élus portant ainsi le nombre des libraires lillois
autorisés à dix.
Du régime du brevet au temps de la liberté
De 1813 à 1870, 94 brevets de libraires ont
été délivrés à Lille soit 1,6 par
année. Ce chiffre ne doit pas faire illusion, le rythme de
collation des brevets étant loin d’être
régulier. On peut distinguer deux périodes. De 1814
à 1847, quarante-trois brevets seulement sont
accordés et on relève quatorze années sans
collation de brevet. Ce véritable malthusianisme est
particulièrement sensible sous la Restauration. De 1848 à
1870, 51 brevets sont octroyés dont 16 de 1865 à
1870. Les remarques relevées dans les dossiers de demandes de
brevets expliquent cette évolution. Pendant la
première période, les refus de brevets n’ont jamais
de motif politique et sont toujours justifiés par des raisons
d’ordre économique. Pour les préfets, il faut
établir un équilibre entre l’importance de la
population et le nombre de libraires. Délivrer trop de brevets
serait préjudiciable à la bonne marche du commerce
du livre. L’embellie quantitative du Second Empire trouve
son origine dans la brutale croissance de la population qui, au
lendemain de l’agrandissement de 1858, passe de 78 000
habitants à plus de 131 000. Dès 1859, le préfet
du Nord signale le déséquilibre existant entre
l’importance de la population et le nombre insuffisant de
libraires d’autant que la ville doit pourvoir aux besoins des
communes voisines.
Il faut se garder d’extrapoler du nombre de
brevets délivrés celui des libraires en activité.
En effet, des brevets peuvent être accordés et rester
inexploités. Heureusement pour l’historien,
l’effectif des libraires ayant pignon sur rue est parfois
mentionné dans les dossiers de brevets. Ils sont 13 en 1823, 16
en 1825, 27 en 1851, 38 en 1870 et 41 en 1870 soit, à cette
date, un libraire pour 3859 habitants contre un pour 5210 en 1823. Ces
chiffres officiels ne donnent pas un image exacte de la
réalité, car concurrençant les libraires
exerçant légalement leur profession, il y a toute une
nébuleuse d’individus, marchand (e)s de gravures,
d’estampes, bouquinistes se livrant illégalement au
commerce du livre.
Le décret du 10 septembre 1870 supprimant le
brevet en le remplaçant par une simple déclaration a-t-il
favorisé la création massive de nouvelles librairies ? On
pourrait le croire à en juger par le nombre de
déclarations : 36 au total. Il n’en est rien à la
grande satisfaction des libraires lillois déjà
installés et hostiles à la liberté du commerce du
livre. L’
Annuaire du Commerce Ravet-Anceau
montre que 1870 à 1880, 23 déclarations n’ont pas
été suivies d’effet. En 1880, le nombre des points
de vente est toujours de 41. Ce nombre va augmenter dans les
dernières décennies du siècle pour atteindre son
maximum en 1910 avec 56 librairies, soit une librairie pour 3875
habitants.
Les mutations de la librairie lilloise
Le XIXe siècle est pour la librairie lilloise
un temps de mutations. Mutations structurelles tout d’abord. On
constate au fil des années un net recul de la bi activité
librairie-imprimerie. De 1813 à 1870, 45,3% des libraires en
activité sont en même temps imprimeurs. En 1810, ce
pourcentage n’est plus que de 12,2%. En revanche, même si
leur part dans la profession régresse en passant de 41,4%
à 26% en 1910, de nombreux libraires continuent d’associer
le commerce de la papeterie scolaire, administrative et commerciale
à celui du livre. L’association cabinet de
lecture-librairie se maintient jusque dans les années 1870
où 7 libraires mettent encore à la disposition de leur
clientèle un cabinet de lecture. En 1910, il ne reste plus
qu’un seul libraire tenant cabinet de lecture et pratiquant le
prêt de livres à domicile. On peut penser que
l’ouverture de la bibliothèque municipale et de ses
antennes dans les quartiers ainsi que des bibliothèques
installées dans les écoles sont à l’origine
de cette évolution. Une autre transformation importante affecte
le visage de la librairie lilloise avec l’arrivée dans les
années 1880-1890 de succursales de maisons
étrangères (Desclée de Brouwer) et
parisiennes (Tallandier…). Ce qui ne va pas sans
inquiéter le monde de la librairie traditionnelle comme
l’inquiète l’ouverture par les grands journaux
lillois (
L’Écho du Nord, Le Progrès de Nord, La Croix du Nord)
de librairies pratiquant des rabais importants. Enfin, à partir
des années 1870-1880, on note une nette tendance à la
spécialisation des librairies. Quatre librairies dont deux
se réclamant de la
Société Saint-Augustin (Librairie Desclée de Brouwer) et l’autre de la
Société Saint Charles Borromée (
Maison du Bon Livre Maison de propagande)
mettent en avant leur orientation catholique et la vente d’
ouvrages de piété et d’éducation
chrétienne. D’autres se spécialisent dans la vente
des classiques scolaires et universitaires (quatre librairies),
d’autres encore dans la vente d’ouvrages anciens,
d’ouvrages d’occasion, de nouveautés Quelques
libraires comme Lefort, Robbe qui sont en même temps
imprimeurs pratiquent la vente en gros.
Mutations structurelles, mutations spatiales aussi.
L’évolution de la géographie de la librairie
lilloise est assez simple. Jusqu’à la veille de
l’agrandissement, le commerce du livre se concentre dans le
cœur historique de la cité autour de la Grande et de la
petite place et dans les rues adjacentes. Dans les années
suivant l’agrandissement , quelques implantations se font le long
des grandes artères- rue Impériale, rue du Faubourg
Notre-Dame, rue Solférino) ouvertes à la limite de la
ville ancienne et des communes annexées. Cependant, cet
essaimage de la librairie lilloise reste encore limité, les
libraires choisissant de s‘installer au plus près de la
ville ancienne. La situation change à partir des années
1890. Si le cœur historique de la ville reste très
prisé avec une vingtaine de librairies au nombre desquelles
figurent les plus importantes, les points de vente se multiplient dans
la ville agrandie. S’avèrent particulièrement
attractifs les nouveaux quartiers abritant les facultés de
l’État et les facultés catholiques ainsi que la rue
Gambetta, grande artère commerçante du quartier de
Wazemmes. En revanche, le sud de la ville agrandie reste toujours
délaissé.
Toutes ces transformations ont-elles affecté
la physionomie des librairies lilloises ? Les témoignages nous
donnant une idée précise de l’aspect de ces
commerces sont malheureusement très rares. À la
librairie Lefort dont « l’extérieur
n’avait rien d’attrayant » et dont « le dedans
répondait au dehors avec le sombre réduit de ses rayons
» s’oppose la librairie Quarré installée sur
la Grande Place dont « les dispositions intérieures sont
favorables pour la librairie à cause de la grande superficie des
murs qui s’y trouvent »
---
BIBLIOGRAPHIE
Ouvrage
- Bernard SCHAEFFER,
Les grandes affaires criminelles du Nord, Beaumont, De Borée Éditions, 2006, 349 p., 24 €
Dans cet ouvrage, notre collègue présente plus de
quarante affaires criminelles qui ont fait la une des journaux. «
C’est plus d’un siècle d’infanticides,
d’empoisonnements, de morts brutales » qui retrouve vie
sous la plume alerte l’auteur.
Revues
- Douaisis-Généalogie, Revue trimestrielle du Centre d’Études Généalogiques du Douaisis, n° 61, 1er trimestre 2007
- Gilbert HEU et Gilles
MILLEVILLE, « Six générations d’Antoine Heu .
Du Lion du beffroi de Douai aux barricades de Paris »
- Gilles MILLEVILLE, «
Être chaudronnier à Douai au XVIIIe siècle »
- Jean-Marie EECKMAN, « Les
recherches généalogiques en Belgique »
- Jean-Claude LAMENDIN, «
Généalogie LAMENDIN (Cantin, Erchin, Hornaing,
Hélesmes » (première partie).
- Françoise
DEPOORTER-LALISSE, « Un fœtus de cinq mois au cœur
d’une dévolution d’héritage »
(deuxième partie)
- « Les testaments
passés devant les notaires de Douai »
- Roseline DECRETON, « Un
livre de raison Bonnenuict au XVI e siècle. La descendance
d’Andrieu BONNENUICT ».
- Mémoires de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de Douai, cinquième série Tome XIII 2000-2005
- Ghislain HOWSE, « Les
sœurs de la Providence ou du Bon Pasteur de Douai »
- Edward HUGHES, « Les
Britanniques dans les registres paroissiaux de Douai »
- Edward HUGHES, «
Recherches sur les Jésuites écossais à Douai au
XVIIe siècle »
- Bernard LEFEBVRE, «
L’agriculture du Douaisis, fin du XVIIIe et fin du XIXe
siècle, comparaison »
- Bernard LEFEBVRE, «
Autopsie d’une émeute : l’affaire des «
goulottes », Douai, printemps 1791 »
- Gilberte et Auguste BOUGON,
« Les hommes au travail dans la vallée de la Scarpe sous
le Consulat »
- Louis DUMONT, « Le
Lycée de Douai : du Consulat à l’Empire (1802-1804
»
- Franck MONTUELLE, « La
tradition douaisienne de formation des maîtres du premier
degré de l’enseignement public de 1833 à nos jours
»
- Jacqueline CHŒUR,
« A la recherche des Douaisiens perdus : Edouard LECONTE,
artiste-peintre (1817- 1869) »
- Jacqueline CHŒUR,
« Les artistes douaisiens à Wissant 1889-1940 »
- Georges SY, « Lorsque
l’information tombait du ciel »
- Geoges SY, « Fruit de
l’expérience d’une première «
occupation »…40-44 : l’esprit de résistance
des gens du Nord »
- Georges SY, « Quelques
flashes sur un demi-siècle de journalisme à Douai »
- Jacques LEGLAND, « En vers
et contre tout »
- Nord revue de critique et de création littéraires du Nord-Pas-de-Calais, n° 48-décembre 2006.
Ce numéro est consacré à la
bande dessinée dans le Nord. On y lira les articles suivants :
- Marie-Madeleine CASTELLANI,
« Dix ans de « bulles » dans le Nord-Pas-de-Calais
»
- Claude GILLET, « Les
aventures épatantes et véridiques de Benoît
Broutchoux »
- Jean-Christophe DELMEULE,
« Les désastres du capitalisme ou la fermeture de
Métaleurop »
- Claude DEPAUW, « Le
Fantôme espagnol » de Willy Vandersteen. Révolte des
Pays-Bas au XVIe siècle et Résistance pendant la Seconde
Guerre Mondiale »
- Jacques LANDRECIES, «
Cafougnette, Tintin et Martine ou le picard en tête de gondole
»
- Jacques LANDRECIES, « Dix
questions à Bruno Delmotte traducteur de Tintin et Martine en
picard »
- Fabien RYPERT, « Une bande
dessinée destinée aux enfants »
- Alain CORBELLART, «
Tronchet peintre du Nord profond »
- Christian LEROY, «
À la vie, à la mort de Dodier et Makyo », ou
« Un Noël noir à Bergues »
- Ludwig SCHUURMAN «
Astérix chez les Belges ou la poétique du chaudron »
À lire aussi dans ce numéro :
- Paul RENARD, « Les
rapports de la revue Le Beffroi (1900-1910) avec la Flandre belge
»
- Pierre DESCAMPs, «
Campagnes »
- Renaissance du Lille Ancien, Bulletin, mars 2007
- « Chronique de
restauration Vieux Lille »
- Didier JOSEPH-FRANÇOIS,
« L’Esplanade et le Champ de Mars : un espace militaire et
un espace public festif »
- Dominique DELBAR, Myriam
CHOQUET, Françoise DUJARDIN, Agnès PASCAL, « La
« Belle époque » de l’Esplanade »
- Brigitte RENIER-LABBÉE,
« Autour du Ramponneau »
- René VIDAL, «
L’ascenseur hydraulique »
- « A propose de la
Citadelle de Lille, ils ont écrit » (de Vauban à
nos jours, des extraits de lettres, d’ouvrages consacrés
à la Citadelle)
Importante iconographie dans ce numéro. On aimerait que soit indiquée la provenance des illustrations.
- Revue du Nord, tome 88-n° 366-367, juillet-décembre 2006
Ce numéro thématique de la Revue du Nord est
consacré aux hérauts et à l’office
d’armes. Il a été conçu à la suite
d’un colloque tenu à Lille en septembre 2005 et
préparé par des travaux élaborés dans le
cadre d’un séminaire dirigé par Werner Paravicini
et Bertrand Schnerb. Les dix-sept articles rassemblés dans ce
volume couvrent un champ chronologique allant du milieu du XIVe
à la fin du XVI e siècle, période
représentant une sorte d’ « âge d’or
» pour les hérauts.
- SEPTENTRION, Arts, lettres et culture de Flandre et des Pays-Bas, 36e année, 1er trimestre, mars 2007.
Tirés à parts
- Eric GROESSENS, « Les marbres de Belgique, Histoire et sciences »,
SARTONIANA, volume 17, 2004, p. 71-119.
- Eric GROESSENS, « La géologie et le Petit-Granit »,
Bulletin du G.E.S.T., n° 110, novembre 2001, p. 2-19.
- Eric GROESSENS, « L’origine et
l’évolution de l’expression « Petit-Granit
»,
Bulletin de la Société belge de Géologie, tome 102 (3-4), 1993, p. 271-276.
- Eric GROESSENS, « La diffusion du marbre de Rance en France »,
117e
Congrès national des Sociétés savantes,
Clermont-Ferrand, 1992, 2e collection Carrières et constructions, p. 193-211.
- Eric GROESSENS, « Les carrières souterraines de Folx-les-Caves (Belgique) » »,
117e
Congrès national des Sociétés savantes,
Clermont-Ferrand, 1992, 2e collection Carrières et constructions, p. 459-472.
- Eric GROESSENS, « Les marbres du Nord de la France et du Boulonnais »,
Annales de la Société géologique du Nord, T. 10 (2eme série), p. 209-218.
- Eric GROESSENS, « Les marbres et pierres blanches de Belgique »,
115e Congrès national des Sociétés savantes, Avignon, 1990, Carrières et constructions, p. 65-78.
- Eric GROESSENS, « L’exploitation
et l’emploi du marbre noir de Dinant sous l’Ancien
Régime »,
119e Congrès national des Sociétés savantes, Amiens, 1994, Carrières et constructions, p. 65-78.
- Eric GROESSENS, « Le Calcaire de Meuse, un
matériau belge exporté depuis les Romains »,
126e
Congrès national des Sociétés savantes, Toulouse,
2001, 3e collection Carrières et constructions IV, p. 73-87.
- Eric GROESSENS, « Les marbres de Flandre et du Hainaut à Versailles »,
Les Echos de la Société d’Histoire régionale de la Rance, n° 356, mai-juin 2005, p. 6-23.
- Eric GROESSENS, « Les marbres belges à Versaille », LITHORAMA,
Bulletin mensuel du Cercle de Minéralogie et Paléontologie de Belgique, n° 10, décembre 2003, p. 4-7.
- Monique HEDDEBAUT, « Les persécutions
raciales dans l’arrondissement de Douai pendant la Seconde Guerre
mondiale », Communication présentée au
Cercle historique du Val de Scarpe, Flines-les Râches, 2006, 45 p.
EXPOSITIONS
- Du 6 avril au 21 octobre 2007, au Centre d’Histoire locale de Tourcoing (11 bis place Roussel),
Métamorphoses 2 siècles d’aménagement urbain en centre ville.
Exposition ouverte tous les jours de 9h30 à 11h30 et de
14h à 17H ; Samedi et dimanche de 14h à 18h. Fermé
le mardi et les jours fériés.
- Du 27 avril au 15 août 2007, le Palais des Beaux-Arts de Lille présente,
Philippe de Champaigne. Entre politique et dévotion.
INFORMATIONS
- Notre collègue Pierre Leman nous communique
l’information suivante. En 1917, les services culturels de
l’armée allemande ont transféré le
Musée de Saint-Quentin très exposé à
Maubeuge avec une exposition spéciale de pastels. Pour
commémorer cet événement, le Musée Antoine
Lécuyer, 28 rue Antoine Lécuyer, Saint-Quentin,
présente du 20 avril au 11 juin l’exposition
Saint-Quentin-Maubeuge 1917. Les pastels dans la guerre.
- Pierre Leman signale qu’il réside
désormais : 3 rue de la Liberté 59650 VILLENEUVE
d’ASCQ.
- Le Centre d’Histoire locale de Tourcoing a
changé de numéro de téléphone. Il faut
faire le : 03 59 63 43 43.