COMMUNICATION DU 23 SEPTEMBRE 2003
 
Le village de Mons-en-Pévèle vers 1300 d’après un document inédit

par Bernard Delmaire

 
Un modeste cahier de parchemin de 6 folios, coté B 1128/338 bis, des Archives départementales du Nord contient, après la traduction romane d’an acte latin de 1220 (accord entre l’abbaye Saint-Vaast d’Arras et le châtelain de Lille sur leurs droits à Annoeullin, Bauvin et Mons-en-Pévèle) une liste, également en français, de terres et de redevances foncières appartenant à la cure de ce dernier village. L’étude des caractères externes (écriture) et internes (mention de Gilles Bonnin, doyen de Saint-Donatien de Bruges, mort en 1290) permet d’attribuer la première couche du texte à l’extrême fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle, les additions d’une demi-douzaine de mains à la première moitié du XIVe siècle. Comme beaucoup de sources de l’histoire du village ont brûlé à Arras en 1915 avec les archives de Saint-Vaast, le cahier des Archives du Nord mérite d’être édité et interrogé par les historiens de la Flandre wallonne.

Le document renseigne d’abord sur les revenus, du moins partiels, de la cure ou du presbitere : environ 3,8 ha, 4,9 ha avec les additions, en une dizaine de parcelles : ce n’est donc plus la « dot » initiale de l’église, telle qu’elle fut ordonnée à l’époque carolingienne (elle devait faire alors 12 bonniers, 16 à 17 ha). Rien sur les dîmes ni les offrandes. Ce qui constitue le gros du texte, ce sont les revenus annuels des fondations de messes pour les défunts, les obits ; ces revenus sont en argent, en chapons, en blé ou en avoine. On compte au milieu du XIVe siècle 51 fondations (35 + 16) pour 106 bénéficiaires (77 + 29) fondés par 43 personnes dont le nom est précisé (31 + 12) ; cela fait pour le curé, 159 obits à célébrer dans l’année (72 + 87). Selon une estimation grossière, les obits de la strate primitive rapportent plus de 10 livres par an, plus de 14 livres avec les fondations du XIVe siècle. Ce revenu est très inférieur aux 30 livres de recette nette (ajouter la moitié pour avoir le revenu brut) du curé connue par les listes bénéficiales du XIVe siècle. Cela signifie que notre document ne donne qu’une partie des ressources du curé, sans doute les plus récentes, les fondations d’obits.

Le texte jette ensuite quelques lueurs sur la liturgie paroissiale. Il y a deux fois plus de bénéficiaires que de fondations, car les 3/5 sont destinées à un couple, ou un couple et ses enfants, surtout dans la couche primitive, comme si le sentiment individuel progressait au XIVe siècle ; vers 1300, le curé célèbre un obit tous les 5 jours, un demi-siècle plus tard, un tous les 2 à 3 jours. On notera spécialement un « obit général » pour tous les défunts du village, et une sonnerie tous les dimanches soir pour le lundi des trépassés, usage liturgique qui se répand en Occident depuis 1200. Enfin, nombre de fondations sont confiées, non directement au prêtre, mais à la fabrique ou à la table des pauvres de la paroisse, gérées par les laïcs, qui chargent ensuite le curé du soin de célébrer la messe des morts.

Le texte permet enfin d’aborder un autre thème très différent, le peuplement et l’habitat rural d’un village de la Flandre wallonne. Il situe en effet les gens et les terres par rapport à une trentaine de toponymes de Mons et des environs ; la moitié désigne des écarts et des hameaux encore habités en 2003. En rassemblant dans le document les nombreuses indications sur les noms de famille, les manoirs et maisons, les chemins, les habitants localisés, les seigneurs et les fiefs, en comparant ces données à celles que contiennent les beaux plans-terriers du XVIIIe siècle, il apparaît que la plupart des hameaux et écarts du village existent depuis 7 siècles et peut-être plus ( Deux-Villes, Le Hamêt, Le Hem, La Jonquière, L’Offrande, La Pétrie, La Vaquerie, Martinval, Sec-Mont, Vincourt, Wasquehal) au moins à Mons, l’habitat rural semi-dispersé qui caractérise la Pévèle aujourd’hui n’est pas une innovation du Bas Moyen Âge, comme on le suppose parfois ; mais l’enquête reste à poursuivre.

Ce document pourrait être appelé un rentier des obits de la cure de Mons-en-Pévèle. Il montre une partie de ce que le chercheur peut tirer des très nombreux terriers et rentiers conservés dans les dépôts d’archives.
 
Discussion

Claude Lannette s’interroge sur le problème des grandes épidémies. De nombreuses fondations ont en effet disparu, mais le système a perduré longtemps. La Grande Peste n’a pas cassé le système. On procédait souvent à des regroupements d’obits. Monique Mestayer apporte quelques précisions sur le prix du chapon et fait remarquer que souvent on paie en nature et on le revend au prix du marché. Les hameaux sont souvent d’origine médiévale ; certains ont disparu au XVIe et XVIIe s. Jean Claude Hocquet estime qu’au lieu de convertir chapon et blé en argent, on pourrait faire l’inverse. Il estime que le curé a des revenus bien plus considérables, ce sont ses terres qui lui rapportent le plus de revenus ; elles sont réparties sur l’ensemble du terroir de Mons-en-Pévèle mais on ignore comment elles sont cultivées. Roger Berger fait remarquer que l’habitat était beaucoup plus dispersé autour de grandes fermes.