COMMUNICATION DU 25 OCTOBRE 2004
La carrière
exemplaire de Thierry Le Roy, avocat à Lille, puis
conseiller en Hainaut dans
le premier tiers du XVe siècle
par
Jean-Marie Cauchies
Membre
de l'Académie royale de Belgique
Professeur aux Facultés
universitaires Saint-Louis à
Bruxelles
et à l'Université
catholique de Louvain
Membre de la Commission historique du
Nord
La
communication visait à mettre en lumière la figure
représentative de «maître»
Thierry Le Roy, que l'on rencontre dans des sources communales
lilloises et
comtales flamandes à partir de 1402. Il y apparaît
fréquemment et son «dossier»
professionnel n'a certainement pu encore être totalement
reconstitué. Par
ailleurs, toutes informations relatives à sa famille, à
ses date et lieu de
naissance, à ses années d'étude et de formation
font encore défaut à ce jour.
De
1402 à 1409, il exerce la charge de conseiller-pensionnaire de
la ville de
Lille et il lui arrive d'y plaider en outre en faveur de
l'échevinage. Il
exerce parallèlement une activité d'avocat au service de
Robert de Bar,
seigneur de Cassel, puis du Franc de Bruges, l'un des quatre Membres de
Flandre
(1407). Il entre bientôt au service de Jean sans Peur, duc de
Bourgogne, en
qualité de conseiller et maître des requêtes, ce que
lui vaut sa formation de
juriste.
C'est
pour le compte du prince bourguignon que Thierry se trouve
mêlé à plus d'une
affaire, à plus d'une négociation d'importance :
traité de commerce avec
l'Angleterre, conflits de juridiction avec des autorités
ecclésiastiques en Flandre,
exécution des sentences prononcées contre les
Liégeois révoltés... A partir de
1409, il paraît bien être passé à temps plein
au service du duc-comte Jean. Sa
présence au conseil princier est attestée et ce groupe de
nobles et de
«techniciens», tout autant que le duc et la duchesse
Marguerite, lui confient
des missions requérant une grande confiance.
Vient
ensuite le temps de charges locales. Si celle de bailli (royal) de
Chartres
(1417) semble avoir été éphémère et
de pure circonstance, si une fonction
baillivale à Lens (Artois) demeure hypothétique, celle de
bailli de Douai sera
exercée plus longtemps, à partir de 1422 - plus tard il y
joindra encore le
modeste ressort du bailliage d'Orchies, sous l'autorité du
souverain bailli de
Lille -. La mort brutale de Jean sans Peur sur le pont de Montereau
(septembre
1419) n'a pas entravé la carrière de notre homme, qui
bénéficie donc d'emblée
de la confiance de Philippe le Bon, le nouveau maître. En
dépit d'un âpre
conflit avec l'échevinage douaisien, marqué par une
procédure d'enquête
administrative bien illustrée par un dossier plein de vie, Le
Roy poursuit des
activités qui l'amènent bientôt à intervenir
dans les affaires du Hainaut, un
pays dont, à partir de 1427, le duc Philippe prend le
contrôle.
Trésorier
et garde des chartes (1428), plusieurs fois commis à l'audition
des comptes des
officiers, receveur des mortemains (1430), il est bientôt
déchargé
honorablement de ses fonctions en Flandre gallicante et va consacrer
les
dernières années de sa vie aux affaires du Hainaut,
où il réside d'ailleurs, à
Mons, en l'hôtel ducal de Bavière. Mêlé en
outre à des questions territoriales
namuroises, chargé de la recette spéciale des terres
héritées par Philippe le
Bon de son oncle Jean de Bavière en Hainaut, Thierry, avec
d'autres conseillers
juristes, participe encore en 1433 à de délicates
négociations avec les gens du
prince-évêque de Liège. Il meurt toutefois à
la fin du mois de février 1434, à
un âge qu'il ne nous a pas été possible, au stade
actuel, de déterminer.
A
l'instar de nombre de ses contemporains, il fut un légiste,
licenciatus legum, au service du pouvoir
bourguignon, élément probable d'un noyau de
fidèles formé, sans qu'aucun texte
le sanctionne, dans l'entourage des ducs de Bourgogne Jean et Philippe.
Avocat
à ses débuts, il a servi une ville, un
grand seigneur, une autre puissance de Flandre et, comme un Jean Canard
ou un
Nicolas Rolin, respectivement chanceliers de Philippe le Hardi et de
Philippe
le Bon, il a été remarqué et est
«monté» à la cour. Sujet flamand, il a
multiplié tâches et charges en rapport avec le
gouvernement de son pays natal,
puis il a été utilisé pour l'œuvre
d'expansion du pouvoir bourguignon, se
faisant Hainuyer d'adoption. Il est de ceux, socialement modestes,
qu'une formation
de juriste a poussés dans les allées du pouvoir et une
fidélité avérée
jusqu'aux oreilles de leurs princes.
Discussion
Melle Christiane Lesage remercie vivement le conférencier et
passe la parole à M. G. Sivery qui note que c'est tout un
personnel qui
a fait la grandeur des ducs de Bourgogne. Il demande dans quelle
université
Thierry Le Roy a fait ses études. J. M. Cauchies l'ignore. Le
Roy était-il
noble ? Il ne le pense pas. Jamais il n'est mentionné seigneur
de… ou appelé
Messire. Le Roy devait avoir de très beaux revenus. Il
n'était pas
désintéressé. G. Sivery demande quel était
l'hôtel qu'il possédait à Lille. Il
lui est répondu qu'on l'ignore. Quant à l'hôtel de
Bavière à Mons, s'il
n'existe plus, son emplacement est connu. Ch. Lesage fait remarquer que
le mot hôtel au XVe s. n'a pas de connotation noble. F. Boniface
demande si l'on connaît un sceau de Le Roy. Non, lui est-il
répondu. Aucun
document conservé n'émane de lui et il n'a pas
été trouvé de sceau ni de
signature. Le chanoine Platelle observe que cet avocat a occupé
de
nombreuses fonctions diverses, petites et hautes. B. Delmaire
s'interroge. Etait-il originaire de Flandre wallonne ou flamande. On ne
sait
pas. Mais il parle de thiois. M. Mestayer note qu'à partir d'une
certaine date, les deux charges de Bailli de Douai et d'Orchies sont
confiées à
la même personne. Selon J.M. Cauchies, Thierry Le Roy est
nommé successivement
à ces charges. M. Tomasek demande s'il reste des traces
archivistiques
de la mort de Thierry Le Roy ou dans l'épigraphie. J.M. Cauchies
répond qu'il
faut faire une différence entre importance administrative et
sociale. On peut
disparaître sans laisser de trace et rien ne subsiste, hormis la
vie
professionnelle. Les archives de Mons ont disparu selon M. Mestayer.
Pas tout à
fait, les comptes de la ville ont subsisté alors que les
testaments ont
disparu, lui répond J.M. Cauchies