COMMUNICATION DU 26 OCTOBRE 1998
 
de Mme Mayliss JEANSON
 
« La bataille de Bouvines illustrée par les vitraux de son église »

 
Après un bref rappel des circonstances politiques qui amenèrent la coalition de l’Allemagne, de l’Angleterrre, de la Flandre et du comté de Boulogne, on arrive à la date fatidique du 27 juillet 1214. 

Après avoir été une chose bonne, une occupation normale jusqu’à l’an mil, la guerre devient péché sauf si elle est motivée par de justes motifs, s’il s’agit de défendre la paix et l’ordre. La paix est affaire d’église, alors est née la paix de Dieu. Elargie du jeudi au dimanche soir, elle devient la trêve de Dieu, le dimanche étant le plus sacré de ces jours de trêve. 

Le tournoi représente un précieux entraînement à la guerre, il permet de s’exercer à la lance ainsi qu’une décharge gratuite de l’agressivité naturelle des jeunes gens. Mal vus de l’Eglise, les tournois seront cependant tolérés : c’est affaire de jeunes, on cesse de tournoyer quand on se marie. 

La société est au début du XIIIème siècle tripartite : il y a les gens de guerre, les gens de prière et les gens de labeur. Aux XIIème et XIIIème siècles, le tournoi est une cohue désordonnée où s’affrontent deux équipes (ce n’est qu’au XIVème siècle que seuls deux cavaliers sont en lice). On peut donc dire que Bouvines a été un gigantesque tournoi au sein duquel s’est déroulé un duel : celui qui a opposé le roi de France au roi d’Angleterre par comte de Salisbury interposé. La loi de la chevalerie interdit que l’on se tue, mais l’extermination de la France et de son roi étaient bien au programme des coalisés, ce qui était un manquement à la règle, à l’honneur. 

Les combattants étaient constitués de chevaliers de tous ordres, depuis les princes et les représentants des plus nobles maisons jusqu’aux modestes barons sans fortune tels que Galon de Montigny trop peu fortunés pour lever une troupe et à qui une mission d’importance fut confiée : il portait la bannière du roi. Il y avait aussi les milices communales et paroissiales, innovation capétienne. Bourgeois et paysans des milices communales formeront la piétaille qui jouera un rôle déterminant dans la victoire française. Ils garderont l’oriflamme de St Denis, l’oriflamme rouge sans broderie ni figure qui ne sort qu’en de rares occasions. 

Enfin il y avait les « cottereaux », mercenaires sans foi ni loi qui tuent sans état d’âmes et sont armés de couteaux. 

L’armée royale à Bouvines est l’armée franque, constituée de Picards, Artésiens, Bourguignons, Champenois : ce sont les « vieux » dont l’expérience et la fidélité sont éprouvées. Les terres flamandes, impériales et capétiennes se rencontrent à Bouvines, sur un plateau légèrement ondulé que l’on appelle le dôme du Mélantois, à 55 mètres d’altitude. Il est coupé du Nord au Sud par la Marque que l’on ne pouvait franchir que par les ponts de Tressin et de Bouvines : la vallée y est moins large et les rives plus fermes. 

Aux premières escarmouches qui signalent l’imminence de l’attaque, Garin, évêque de Senlis répond par une mise en place des effectifs et l’élaboration de la tactique qui conduira l’armée française à la victoire malgré la grande différence des forces en présence. La bataille débute vers le milieu de la journée et, peu à peu, la capture de Salisbury, celle de Ferrand de Flandres, la fuite d’Othon l’empereur d’Allemagne dessinent la victoire. Renaud e Dammartin sera le dernier à se rendre. Au sein de cette mêlée, des actes de vaillance personnels ont été nombreux tels que la joute qui opposa le duc Eudes de Bourgogne à Arnoul d’Audenaerde. L’attitude de ce dernier fut si noble que le roi le libéra le soir même. 

Il y eut de nombreux prisonniers, dont on peut connaître les noms grâce aux listes des montants des rançons qui furent fixées par le roi en fonction de la valeur et du rang des combattants. Surtout il imposa des « sécurités » draconiennes, tirant ainsi le meilleur parti de sa situation de vainqueur. La comtesse Jeanne sera étroitement « encadrée » par les baillis Jean de Nesles d’abord, Arnoul d’Audenaerde ensuite. Ferrand ne sera libéré que 12 ans plus tard, l’année où Renaud se suicide de désespoir. 

Il y eut de très nombreux morts parmi les piétons, très peu parmi les chevaliers : trois côté français ainsi qu’un sergent de l’hôtel du roi. Le roi ramène environ trois cents chevaliers ennemis prisonniers.

Il reste quelques témoins de cette mémorable journée : à Bouvines même, la fontaine Saint Pierre auprès de laquelle le roi s’est désaltéré. 

Dans l’abbatiale Saint-Denis, une grande et très belle plaque de pierre gravée et dorée qui évoque la fondation par Saint Louis de l’église Sainte-Catherine du Val des Ecoliers à Paris (quartier du Marais). La première pierre en fut posée en 1229. L’église détruite en 1783, la pierre et son inscription furent alors déposées en l’abbatiale Saint-Denis. 

A Senlis, Saint Louis posa la première pierre d’une abbaye, celle de la Victoire sur une terre offerte par Philippe-Auguste à Garin, l’évêque du lieu. Elle aussi fut détruite peu avant la Révolution, il y reste peu d’éléments du XIIIème siècle. 

La bibliothèque du musée Condé à Chantilly recèle un trésor : le Psautier de la reine Ingeburge reine de France et de Saint Louis. On peut y lire, dans la marge de la page du calendrier du mois de juillet une annotation relative à la victoire remportée par le roi. 

Les textes relatent, nombreux, les péripéties de cette journée. Le plus connu est la relation faite par Guillaume Le Breton car il fut intégrée dans la chronique de Saint Denis, c’est la Philippide. 

Quant aux vitraux de l’église de Bouvines, ils reflètent le souffle épique de ce texte en grande partie adopté par l’historien Delpech ; le Prix de Rome Pierre Fritel fut le dessinateur, à la tête d’une équipe, de la vaste fresque que Emmanuel Champigneulle a traduit dans le verre. 

Cette présentation illustrée de nombreuses diapositives, représentant en particulier les vitraux de la chapelle de Bouvines est chaleureusement applaudie. 

Le président après avoir félicité la présentatrice tant pour le fond de son exposé que pour la qualité des documents photographiques, et avoir émis quelques commentaires, donne la parole au chan. Platelle, au Gén. Milot, à Melle Mestayer et à MM. Goris, Lentacker, à Melle Lesage, à MM. Boniface et Plateaux. 

La diversité des commentaires et des questions posées prouvent tout l’intérêt suscité par cet important travail.