Séance du lundi 21 novembre 2005

au Musée des Beaux-Arts de Lille

sous la présidence de M. Marchand



 

Présents :      Mme Cl. Wallart, M. H. Passot, M. M. Vangheluwe, M. A. Plateaux, M. C.Lannette,  M. C. Depauw, Melle Ch. Lesage, M. S. Dormard, M. E. Desplats et Mme, M. B. Delmaire,  M. D. Delgrange, M. P. Leman, M. A. Gérard et Mme, M. Jansen, M. B. Schaeffer, M. Tomasek et Mme, M. P. Oddone et Mme, M. Galamé, M. Delqueux, Melle M. Mestayer, M. B. Lefebvre, M. R. Berger, M. Guy, Melle Herbert, M. R. Hanoune, Mme M. Dumont, M. Ph. Marchand

 

Excusés :   Melle R. Cleyet-Michaud, M. D. Terrier, Mme N. Malle-Grain, M. P. Descamps, Mlle M.-P. Dion.

 

 COMMUNICATIONS

Visite de l’exposition Le Blondel un regard photographique

présentée par Madame Isabelle Duquesne

 

Après un repas pris en commun pris au restaurant Le Beffroi, les membres de la Commission Historique ont gagné le Musée des Beaux-Arts de Lille pour y visiter, sous la conduite de Madame Isabelle Duquesne, conservatrice à la Bibliothèque municipale de Lille, l’exposition dont elle était un des deux commissaires, Le Blondel un regard photographique sur Lille au XIXe siècle. Madame Duquesne a donné à l’auditoire, très intéressé, de nombreuses précisions sur le développement de l’art et des techniques photographiques au XIXe siècle. Elle a aussi retracé l’itinéraire de Le Blondel, venu s’installer à Lille dès 1842 pour y fonder un atelier appelé à un grand développement. Les membres de la Commission  ont pu admirer,  parmi les nombreuses photographies de l’atelier Le Blondel, les vues consacrées aux grands travaux urbanistiques, mais aussi les portraits cartes. Ils ont aussi découvert deux négatifs sur verre  appartenant à la collection de la Commission Historique. 

On notera que cette exposition connaît un très grand succès. À ce jour, elle a été vue par plus de 30.000 visiteurs.

Un grand merci à Mme Duquesne pour cette visite très appréciée des membres de la Commission. 

  

Compte rendu de la conférence de M. Alain Lottin  ( 24 octobre 2005)

 
Grands marchands et instruction des enfants au milieu du XVIe siècle :

l’école Déliot (1554) dite des Grisons.

 
Après avoir rappelé en introduction la nature des sources-les magnifiques archives du Bureau de Bienfaisance de Lille déposées aux archives municipales-  qui lui ont permis d’étudier l’école Déliot dite des Grisons, Alain Lottin examine le contexte dans lequel il convient de replacer sa naissance.  

C’est tout d’abord la formidable croissance démographique de Lille. On peut estimer que le nombre d’habitants est de 15 000 au début du XVIe siècle. Il atteint 40 000 au milieu du siècle. La population est donc multipliée par deux dans un espace immobile. On devine les problèmes résultant d’une telle situation. La croissance démographique s’accompagne d’un prodigieux essor de la sayetterie. La ville surpeuplée, active, est rapidement confrontée à un afflux de pauvres. Le paupérisme croissant trouve refuge  le long des remparts, dans les caves et les greniers. Le système traditionnel d’assistance, structuré par paroisse, s’avère bien vite inadapté. Face aux graves problèmes que pose le gonflement d’une population paupérisée, les moyens s’avèrent inefficaces. Cette situation émeut le Magistrat  et les notables de la ville. En 1507, l’un des leurs, Pierre Castelain, membre d’une famille de négociants ayant de fortes attaches avec ses homologues anversois, se fait communiquer le règlement observé à Anvers pour le traitement des pauvres. Castelain, conscient de l’inadaptation  du système paroissial, propose la création d’une structure supra paroissiale  placée sous la direction du Magistrat. Il ne faut surtout pas voir dans ce choix une opposition clergé-laïcs. Quatre aumôniers choisis parmi les notables seraient chargés d’administrer ce nouvel organisme avec l’aide des curés des paroisses. Les propositions de Castelain sont adoptées par le Magistrat. Une donation faite par une pieuse lilloise en 1508 en fait état, ce qui peut laisser entendre que la nouvelle organisation a commencé à fonctionner. Dans les années qui suivent l’adoption des propositions de Castelain, le paupérisme ne recule guère suscitant l’inquiétude du Magistrat. Aussi, en 1527, décide-t-il la création de la Bourse Commune des pauvres chargée de repérer les vrais pauvres en les distinguant de ceux qui, capables de gagner leur vie, mendient et préfèrent s’adonner à l’oisiveté. Seuls, les vrais pauvres seront pris en charge par la Bourse Commune. On retiendra de cette histoire le rôle moteur des marchands lillois inspirés par leurs homologues anversois.

 Second élément fort du contexte : les progrès du protestantisme, en l’occurrence le calvinisme. Wallerand Poullain, prêtre lillois converti au calvinisme et réfugié à Strasbourg en atteste quand il évoque l’existence d’un petit groupe de calvinistes ayant à leur tête un chef éclairé. L’arrestation, puis l’interrogatoire de Pierre Brully, venu prêcher la Réforme dans notre région en 1544, nous font connaître quelques noms de ce groupe : Eustache du Quesnoy, Jean Frémault dont l’évasion ainsi que celles d’autres suspects révèlent de la part du Magistrat une certaine complaisance à l’égard des hérétiques. Dans les années qui suivent, le calvinisme poursuit sa progression dans la région et la communauté lilloise, rassemblée au sein de l’Église de la Rose, se renforce.

 C’est donc dans ce contexte que, le 15 mars 1554, Hubert Déliot, négociant de saies, comparait devant le Magistrat de Lille pour y faire, en son nom propre et pour son frère Pierre dont il est l’exécuteur testamentaire, une donation, une maison rue du Dragon et 6400 florins de capital, en vue de fonder une école destinée aux pauvres enfants. L’étude de l’environnement de la famille Déliot, de ses liaisons avec les milieux anversois, celle, enfin, de la correspondance de Wallerand de Bapaume, neveu d’Hubert Déliot, réfugié à Strasbourg en 1545-1547, montrent qu’une partie au moins de cette famille a des liens très étroits avec les milieux acquis à la Réforme. Ceci conduit à faire une nouvelle lecture de la création de l’école Déliot.

 Plusieurs textes permettent de suivre la naissance, les premiers développements et le fonctionnement de l’école. Quatre ans après sa création, en 1558, Hubert Déliot fait une nouvelle donation de 1500 florins et apporte quelques précisions au texte de la fondation en y faisant noter, en particulier, que les enfants admis doivent être de vrais pauvres et que les fillettes pourront en bénéficier à l’âge de dix ans. En 1564, les héritiers d’Hubert Déliot font, au nom de leur père et de leur mère, une donation de 14.000 florins dont les revenus sont affectés à la distribution de souliers et de vêtements gris aux enfants de l’école d’où le nom de Grisons qui leur est alors donné. En 1576, nouvel accroissement des biens de la fondation avec une donation faite  par un gendre d’Hubert Déliot.

 Les intentions des Déliot étaient de faire en sorte que des enfants pauvres aillent à l’école, œuvre agréable à Dieu, les dimanches et jours de fêtes sauf les dimanches nataux. D’entrée de jeu, les effectifs sont limités à quatre-vingt garçons et vingt filles choisis par les ministres des pauvres qui, au cas où les filles viendraient à manquer,  peuvent faire appel à des garçons. En 1568, une priorité absolue de recrutement est donnée aux seuls Lillois. Les élèves de l’école Déliot reçoivent une prébende hebdomadaire de pain et de fromage. Ils fréquentent l’école pendant deux années et peuvent continuer à s’y rendre  au-delà de ces deux années, mais sans prébende et à condition qu’ils sachent lire et écrire. À l’école installée dans la maison de la rue du Dragon, ils sont accueillis par un maître qui doit leur apprendre à lire, à écrire, à jetter et les bonnes mœurs. Le maître doit veiller à la propreté de ses élèves qui reçoivent un peigne pour leurs deux années. On notera que dans les premières années de la fondation les enfants vont à la messe s’ils en ont envie, la messe étant considérée comme une affaire personnelle.

 Le maître, recruté pat les ministres des pauvres, doit être un homme marié. Il touche un salaire de 100 florins par mois. Son épouse s’occupe des filles. En cas de maladie, le maître peut prendre un remplaçant qui est à sa charge. Les noms des écoliers doivent être portés sur un registre et leurs absences contrôlées. La distribution hebdomadaire des prébendes se fait en grande cérémonie à l’église Saint-Etienne. Les enfants doivent s’y rendre en cortège sous la surveillance de leur maître. Après la prière, on procède à la distribution du pain et du fromage. Des conseils sont donnés au meunier pour le préparation de la farine. Le fromage doit être acheté entier, puis cassé.

 Les revenus des donations servent aux achats de vêtements et de chaussures, de combustible pour le chauffage de l’école pendant l’hiver, de rames de papier, de plumes et de livres (les Sept Psaumes, l’ABC des Chrétiens).

 En conclusion, plusieurs points méritent d’être soulignés :

-    l’importance de la fondation Déliot ;

-    l’intérêt que le monde des marchands lillois attache à l’instruction ;

-    le caractère très laïque de la fondation Déliot. L’administration de l’école est aux mains de   des ministres des pauvres. La référence à la religion est toujours à l’honneur de Dieu. Et jusqu’en 1563, il n’y a pas de messe commune.

 Les premiers changements interviennent à partir du moment où l’influence catholique progresse, où les rentes voient leur valeur diminuer ce qui est à l’origine d’une réduction du montant des prébendes. Deux siècles plus tard, l’école des Grisons est toujours active et les sayetteurs lillois rappellent, au milieu du XVIIIe siècle, le caractère sacré de cette fondation.

 Au terme de son exposé, l’orateur est chaudement applaudi. Une discussion longue et approfondie s’engage au cours de laquelle Alain Lottin apporte de nombreux compléments en réponse aux questions de B. Delmaire, P. Leman, Ch. Lesage, P. Leman, C. Pfister, C. Depauw et Ph. Marchand.

 

PUBLICATIONS

-  Galtier (Roland), Vallin (Sarah), Roose (Patrick),  Nielles lès-Ardres (Pas-de-Calais) Église paroissiale Saint-Pierre La restauration de l’orgue, Collection Patrimoine restauré en région du Nord-Pas-de-Calais, 2005.

Cette plaquette est le premier numéro de la collection « Patrimoine restauré »(collection nationale du ministère de la Culture et de la Communication) pour la région du Nord-Pas-de-Calais. Elle est consacrée à la restauration de l’orgue de l’église de Nielles-lès-Ardres. La brochure présente l’historique de l’orgue avec sa construction et ses transformations, puis la restauration. Nombreuses illustrations.

 

-    Actes du 3ème Forum de Pévèle, Histoire et Patrimoine, Rumegies 8 et 9 octobre 2005 Rumegies, 2005.

Ce volume contient le texte des conférences prononcées par M. le chanoine Henri PLATELLE, Caroline BIENCOURT, Bernard RIQUIER, Félicien MACHELART, Alain PLATEAUX. La seconde partie est consacrée à la présentation des différentes sociétés dont la Commission Historique du Nord présentes au Forum. Le succès de ce forum et l’intérêt de cette publication font honneur à notre collègue Marc DEBERSÉE.

 

-    L’Eau et le Vent en Pays de Ferrain, Association culturelle «Pays de Ferrain», novembre 2005

Cette publication réalisée à l’occasion du 9eme Forum Culturel organisé par l’Association Culturelle «  Pays de Ferrain » présente dans une première partie une cinquantaine de notices historiques sur le thème de l’eau, du vent et des moulins. Dans une seconde partie, le lecteur peut consulter la liste des associations culturelles et patrimoniales du Pays de Ferrain. Pour chaque association, une brève présentation en retrace l’historique, les objectifs et les adresses utiles. Le nombre impressionnant d’associations recensées dans ce volume témoigne d’un intérêt soutenu pour l’histoire locale dont l’intérêt n’est plus à démontrer.

 

 COLLOQUE

 

12-13 et 14 janvier 2005, Révolution française et changement social : vers un ordre bourgeois ? Ce colloque international est organisé par l’Institut de Recherches Historiques du Septentrion et se tiendra à l’Université Charles de Gaulle-Lille 3. Contact et inscrip-tions : Martine Aubry, CHREN-O-Lille 3, BP 60149, 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex. Tél. 03 20 41 62 87Fax : 03 20 41 69 77.  Courrier électronique : martine.aubry@univ-lille3.fr

 

INFORMATIONS

 
La Commission Historique associée aux Archives départementales du Nord a tenu un stand au 9eme forum organisé par l’Association culturelle des Pays du Ferrain. Cette manifestation a permis de faire connaître la Commission Historique et de vendre les publications anciennes et récentes. Un grand merci aux Archives du Nord, à sa directrice et à son personnel, sans qui la Commission Historique n’aurait pu bénéficier d’une telle publicité.

 Le 2 décembre, la Bibliothèque Municipale de Lille a fêté les 40 ans de la Médiathèque Jean Lévy, inaugurée en novembre 1965. À cette occasion, la Bibliothèque a publié un ouvrage coordonné par Didier QUENEUTTE et Isabelle WESTEEL : La Bibliothèque Municipale fête les 40 ans de la Médiathèque Jean Lévy.   

La Médiathèque Jean Lévy va fermer ses portes pendant huit mois pour des travaux de requalification. La salle de lecture qui accueille un public toujours plus nombreux d’étudiants et de chercheurs restera au premier étage. Un espace nouveau sera conçu pour eux. Ils pourront en prendre possession à partir de septembre 2006.

 

Prochaine réunion

Lundi 19 décembre à 15 heures

aux Archives départementales du Nord

 

Ordre du jour

 
Communication de M. Bernard Delmaire :

La prostitution à Cambrai au XVe siècle