Séance
du lundi 21 mars 2005
aux Archives
départementales du
Nord
sous
la présidence de M. Philippe
Marchand
Présents :
M. M.
Vangheluwe, Mme C. Wallart, M. M. Lekiefre, Mme Y. Henel, M. A.
Gérard, Mme F.
Bruno, M. S. Dormard, M. B. Scheaffer, Mme P. Breemersch, M. B.
Delmaire, M. G.
Sivéry, M. B. Debrabant, M. C. Lannette, M. F.
Vanremortère, M. A. Delqueux,
Mme A. Lefebvre, M. Delécaut, M. G. Janssen, M. D.
Delgrange, M. E. Desplats,
Mme Y. Marecaille Stiévenard, Mme Th. Lecroart, Mme M.
Jeanson, M. M. Tomasek,
M. R. Galamé, M. J.M. Goris, M. P. Oddone, Melle Ch. Lesage,
M. P. Leman, M. R.
Berger, M. Ph.
Marchand.
Excusés :
MM. B.
Grelle, M. J. Milot, Melle R. Cleyet-Michaud, Mme G. Tournouer, M. S.
Calonne,
M. R. Duée, Mme Cuvelier, Melle M. Mestayer, M. L.
Delplanque, M. Ch. Pfister,
Mme Bacquart, Mme N. Malle-Grain, M. F. Boniface, M. A. Plateaux, Mme
M.
Dumont, Mme Delmotte, Mme M. Heddebaut, M. P. Descamps.
COMMUNICATION
de Melle Estelle
Dezarnaulds
La
Commission Historique du Nord de 1839 à nos jours : une
société érudite au service du
patrimoine
Le
14 novembre
1839, le vicomte de Saint-Aignan, préfet du Nord, institue
la Commission
historique du Nord, chargée comme l’indique
l’article premier de ses statuts de
« veiller à la conservation des monuments
et édifices historiques du
département du Nord, et de se livrer à toutes les
recherches qui peuvent
intéresser les diverses branches de
l’archéologie nationale ».
Cette
initiative fait suite à la célèbre
circulaire du 10 août 1837 du Ministre de
l’Intérieur, Montalivet, qui souhaite recevoir des
préfets des renseignements
sur les monuments de leur département. La CHN
n’est pas un cas isolé, dans
d’autres départements des préfets ont
suscité des institutions similaires, la
plus ancienne étant celle de Rouen fondée en 1818
par le préfet de
Kergariou. Mais ce qui fait
l’originalité de la CHN c’est
d’une part qu’elle est toujours en
activité, et
d’autre part qu’elle a gardé son lien
avec l’autorité préfectorale, alors que
la plupart de ses consœurs ont disparu ou ont
adopté les statuts d’une
société
libre.
Les
matériaux ne manquent pas pour la connaissance des
sociétés savantes et le rôle que
celles-ci ont pu jouer en matière de
protection du patrimoine. Les connaissances sur les commissions sont
plus
restreintes, et insuffisantes pour cartographier
l’activité de celles-ci à
l’échelle nationale. D’autant plus que
la CHN, trop occupée à étudier,
préserver, faire connaître le patrimoine
départemental, s’est peu occupée du
sien, c’est-à-dire de sa propre histoire. Il
n’y a jamais eu d’écrits sur son
passé mis à part le discours prononcé
par Denis du Péage à l’occasion du
Centenaire de la Commission en 1939, intitulé
« La CHN pendant un
siècle ».
1-
la création de la CHN
* sur
le plan culturel,
La création de la CHN, comme celle de la plupart des
institutions analogues, s’inscrit dans un vaste mouvement de
renouveau des
études historiques et de redécouverte du Moyen
Âge qui prend naissance en
France dans le premier tiers du XIXe siècle. C’est
sous la Monarchie
de Juillet que les études historiques connaissent un
véritable âge d’or sous
l’impulsion de François Guizot, historien et homme
d’ Etat. Le Moyen Âge
est alors un champ d’études
privilégié, les
« siècles
chrétiens »,
longtemps considérés comme obscurs, sont
réhabilités, mais les matériaux
manquent. D’où les entreprises
d’éditions de sources, chartes, récits
et
chroniques. Plus généralement, la tendance est
à l’érudition, à
l’étude
minutieuse d’un point particulier
d’histoire ; l’histoire locale, la
recherche des racines dans un passé provincial, passionnent
les contemporains.
Le renouveau des
études historiques s’accompagne d’un
véritable engouement pour l’archéologie
ainsi que d’une prise de conscience
pour le patrimoine national (même si la
notion n’est pas celle d’aujourd’hui).
Des écrivains et des historiens comme
Michelet, Chateaubriand et Victor Hugo dénoncent le
vandalisme dans des
articles restés célèbres sur la
sauvegarde des monuments anciens.
Parallèlement, on note un essor
général des sociétés
savantes en France, et
notamment des sociétés
spécialisées en histoire et en
archéologie. La création
de la Société des Antiquaires de Normandie par
Arcisse de Caumont en 1824
marque le début d’un mouvement antiquaire
régional, et de nombreuses sociétés
sous la Monarchie de Juillet se constituent à son
image : la Société des
Antiquaires de la Morinie, la Société des
Antiquaires de Picardie.
* sur
le plan politique,
La création de la Commission historique du Nord est
consécutive à ce qu’on peut appeler le
« moment Guizot » du
patrimoine qui voit en l’espace de quelques années
(1830-1837) la mise en place
d’institutions centralisées :
l’Inspection générale des Monuments
historiques en 1830, le Comité des Travaux historiques et
Scientifiques en 1834
et la Commission des Monuments historiques en 1837. Ces institutions
marquent
la naissance d’une politique nationale des Monuments
historiques.
A
l’échelle départementale, les
préfets ont joué un
rôle essentiel en assurant la coordination entre le pouvoir
central et les
érudits provinciaux. Dans les départements
où il n’existait pas de
sociétés
savantes spécialisées en archéologie
et susceptibles de correspondre avec les
comités parisiens, les préfets ont
institué des commissions chargées de la
conservation du patrimoine départemental.
Au moment de la
création de la CHN, existent à Lille
trois sociétés savantes : la
Société royale des Sciences, de
l’Agriculture
et des Arts, fondée en 1802, la
Société départementale
d’Horticulture, fondée en
1828, et l’Association lilloise pour
l’encouragement des lettres et des arts
dans le département du Nord, fondée en 1836. Dans
les autres arrondissements du
département, la Société
d’Emulation de Cambrai, fondée en 1804, et la
Société
archéologique d’Avesnes, fondée en
1831. Malgré la présence de ces
sociétés
dans le département, les préfets du Nord, le
baron Méchin, puis le vicomte de
Saint-Aignan, ont bien des difficultés à
répondre aux nombreuses circulaires,
instructions émanant des Ministères de
l’Intérieur et de l’Instruction
publique. La première en date du 10 août 1837
invite le préfet du Nord à
classer les monuments du département en fonction de
l’intérêt qu’ils
présentent
et à indiquer les sommes nécessaires pour les
remettre en état. Le baron Méchin
s’adresse alors aux sous-préfets, de nombreuses
lettres de rappel sont
nécessaires. Le contenu de ces réponses est connu
grâce au rapport qu’en fait
André Le Glay, en avril 1838, le préfet
l’ayant chargé d’examiner les dossiers.
Il résulte de ce rapport que les sous-préfets
semblent avoir rédigé les
réponses eux-mêmes sans avoir fait appel aux
érudits locaux. Seul le
sous-préfet de Cambrai s’est adressé
à une société de son arrondissement,
la
Société d’Emulation pour entreprendre
l’exploration des monuments du Cambrésis.
Dans l’ensemble, les réponses ne sont pas
satisfaisantes. Sur l’initiative de
Le Glay, le baron Méchin s’adresse directement aux
maires par la voie
administrative avec la circulaire du 8 mai 1838. La réponse
la plus complète
est celle de l’arrondissement d’Avesnes
où 145 communes sur 152 ont
répondu ; le dépouillement et le
classement de ces réponses ont pris un
certain temps, mais aucun élément laisse penser
que le résultat de cette
enquête soit parvenu au ministère de
l’Intérieur. Parallèlement, le
ministère
de l’Instruction publique, dans une lettre
adressée au Dr Le Glay, exprime le
vœu de faire appel aux inspecteurs des écoles
primaires qui « dans leur
tournée, se trouvent à même de visiter
les monuments du département et de recueillir
des renseignements ». Ce projet n’aboutit
pas.
Ce contexte détermine
Alphonse de Contencin, secrétaire
général de la Préfecture du Nord
depuis 1838, à chercher une solution efficace.
Lorsqu’il prend ses fonctions, de Contencin a un
passé déjà riche en tant
qu’administrateur, il a en effet traversé
plusieurs départements, la Meurthe,
la Loire-Inférieure, la Seine et la Gironde. La
réponse qu’il trouve est la
création d’une commission historique
départementale, comme il en existe dans
d’autres départements, spécialement
chargée de l’inventaire, de
l’étude du
patrimoine, et de correspondre avec les ministères. Le
secrétaire général
élabore un projet d’institution et
d’organisation très détaillé
dans lequel il
expose les avantages que présenterait une telle
institution ; outre son
rapport, il présente au préfet la liste des
personnes qu’il juge capables de
faire partie de la future commission.
Celle-ci est autorisée
à se constituer par le ministre
de l’Intérieur le 25 octobre 1839,
l’arrêté
de création signé le 14 novembre par le vicomte
de Saint-Aignan est
conforme dans l’ensemble au projet
élaboré par de Contencin.
Si l’institution
manquait, les hommes, eux, ne
faisaient pas défaut. Nombreux sont ceux
passionnés par l’histoire et ses
sciences auxiliaires : Elie Brun-Lavaine, Victor Derode, Henri
Bruneel,
Arthur Dinaux, le docteur Le Glay, et bien d’autres, publient
de nombreux
ouvrages d’histoire dès la Restauration. Tous ces
historiens sont membres de la Commission. Il ne semble pas
que ces érudits aient tenté de former dans les
années 1830, par leur initiative
propre, une société libre chargée
d’étudier le patrimoine du département,
à
l’instar de la Société des Antiquaires
de la
Morinie.
2- Le
fonctionnement
interne de la
Commission
* Les
statuts
Sept
règlements vont se succéder, de la
création de la
Commission en 1839 jusqu’en 1987. Ils fixent
l’objet et le fonctionnement
interne de l’institution. Au départ, une
Commission provisoire de neuf membres,
chargée de veiller à la conservation des
monuments et édifices historiques du
département du Nord et de se livrer à toutes les
recherches qui peuvent
intéresser les diverses branches de
l’archéologie nationale. Des correspondants
sont prévus dans chaque arrondissement, leur nombre
n’est pas fixé. Une réunion
mensuelle se tient à la préfecture.
C’est le préfet qui préside de droit la
séance chaque fois qu’il le désire.
Bien entendu, si l’objet de la Commission
est d’emblée clairement établi, les
dispositions internes vont parfois évoluer
au fur et à mesure des
nécessités.C’est ainsi que le
règlement de 1864, qui reprend les
mesures de l’arrêté organique de 1839,
porte à vingt le nombre des membres
titulaires - pour ce point, le règlement ne fait
qu’entériner une situation
existante - et ne limite pas le nombre des correspondants. Ce
règlement précise
que le Bureau sera renouvelé tous les trois ans au scrutin
secret. Les séances
ont lieu le premier jeudi de chaque mois. Autre nouveauté
notable, inspirée par
Edmond de Coussemaker, des sous-comités
d’arrondissements sont formés par la
réunion des membres correspondants des arrondissements, dans
le but d’établir
des liens entre la Commission et ses correspondants, et entre les
correspondants eux-mêmes, liens indispensables pour les
travaux d’ensemble.
Enfin, l’article 12 du règlement stipule que
lorsqu’un membre titulaire n’a pas
assisté aux séances pendant six mois et
n’a pas donné de motifs légitimes pour
justifier son abstention, il sera considéré comme
démissionnaire. Cette
disposition, à ma connaissance n’a pas
été appliquée.
Inspiré
par Monseigneur Dehaisne, qui préside la Commission pendant
plus de vingt ans – de 1876 à 1897- le
règlement
de 1876 augmente de moitié le nombre des
résidants, qui passe donc de vingt à
trente, ce qui permet d’avoir une présence
sensiblement plus importante aux
réunions. Reprenant et confortant
l’idée de Edmond de Coussemaker
d’établir des
liens plus directs entre tous les
membres de la Commission, des excursions annuelles hors de
l’arrondissement de
Lille, dont des excursions archéologiques, sont
prévues.
Etabli
par Edouard van Hende, le
règlement de 1898, le quatrième,
répond à une double préoccupation. La
première
concerne l’absentéisme. Les statuts de 1864 et
1876 considéraient comme
démissionnaires, tout membre qui
n’était pas venu aux réunions pendant
six mois
d’affilée. Cette disposition s’est
révélée pratiquement inapplicable
– il
aurait fallu démissionner certains membres de
réputation éminente, rendant de
grands services à la Commission – je pense
à l’architecte Benvignat, par
exemple. Le délai de six mois est donc porté
à un an, en outre, l’article 6
propose l’honorariat à tout membre qui ne pourra
plus prendre part aux séances.
La seconde préoccupation consiste à renforcer les
liens entre les membres, sans
doute un peu distendus par l’échec in fine des
sous-comités d’arrondissement
tombés en désuétude. Aussi
l’article 19 prévoit-il
« qu’afin d’établir
un
lien de collaboration entre tous les membres, la Commission tiendra
annuellement une séance générale qui
aura lieu tour à tour dans le chef-lieu de
chacun des sept arrondissements du
département ».
Alexandre de Saint Léger préside la
Commission lors du cinquième règlement fin 1927.
Le Bureau est renforcé par
l’adjonction d’un
bibliothécaire-archiviste, à part cela, pas de
changement
notoire.
Ce qui n’est pas le cas sous la
présidence de Monsieur le chanoine Henri Platelle
où le règlement fait suite à
une importante mutation concernant l’objectif même
de la Commission.
Fondamentale, cette mutation est conséquente à
l’instauration de services de
conservation du patrimoine. Désormais,
la Commission n’est plus instituée pour veiller
à la conservation du
patrimoine, mais simplement pour y contribuer. Elle n’est
donc associée à ces
nouveaux services que comme force d’appoint. Une autre
modification importante,
consiste, comme il est dit en préambule de ce
règlement, « à assouplir la
répartition du nombre des membres entre les divers
arrondissements ». Le
nombre des membres titulaires est limité à 120,
comme dans le précédent règlement
de 1927, mais le nombre des titulaires des arrondissements hors Lille,
au lieu
d’être limité à quinze, devra
être d’au moins dix. Conséquence
heureuse de
cette disposition, constatée dans les années qui
suivent, le nombre des
titulaires lillois n’a jamais été aussi
important, plus de 50 en moyenne, et
par suite la présence moyenne aux réunions
s’en trouve confortée.
*en ce
qui concerne le bureau,
L’arrêté
de création de 1839 ne prévoyait qu’un
président et un secrétaire. Le
règlement
de 1864 stipule que celui-ci est renouvelé tous les trois
ans, ce qui est
encore le cas aujourd’hui. Ce qui a changé
c’est qu’au fil des années et des
statuts, le bureau s’est renforcé avec
l’apparition de nouvelles fonctions. Le
président est le seul organe officiel de la Commission, le
préfet en est le
président-né, mais dans les faits ce
n’est pas lui qui dirige les séances, mais
un membre élu. Alphonse de Contencin, le fondateur de la
CHN, est son premier
président et comme lui, les présidents qui se
sont succédés jusqu’en 1848 sont
secrétaires-généraux de la
préfecture. Cette habitude avait été
prise dans le
but « d’établir un lien plus
direct entre la Commission et
l’administration
départementale », mais les
déplacements de ces
fonctionnaires amenaient des changements continuels dans le bureau
(Charles
Randouin qui succède à de Contencin ne
reste
qu’un an, le baron de Bry 2 ans, Gabriel Fournier 1 an et
pendant ces
présidences c’est en fait André Le
Glay, vice-président, qui dirige seul la
Commission), cette tradition est donc rompue avec
l’élection de Pierre Legrand
en 1849. Il est intéressant de noter que ceux qui
accèdent à la présidence font
partie des « piliers » de la
société et qu’ils ont une certaine
ancienneté, la moyenne se situant entre 18 et 19 ans.
Les statuts de 1839 ne posent pas le problème de la
trésorerie, et jusqu’en 1864 c’est le
président qui rend compte verbalement de
la situation financière de la Commission. A partir
de 1864, les statuts indiquent que c’est le
secrétaire-archiviste qui est chargé des recettes
et des dépenses, et la
fonction de trésorier n’apparaît
clairement que dans le règlement de 1876.
*La
procédure d'admission
La procédure d’admission des membres n’a
pas évolué
depuis 1839 : la Commission recrute ses membres par
cooptation, et ceux-ci
sont nommés par le préfet. Depuis sa fondation,
très rares sont les cas de
candidatures spontanées ; c’est le bureau
qui propose des candidats au
préfet. Le premier critère de recrutement des
membres est celui de leurs
connaissances, de leurs travaux ; mais la correspondance entre
le préfet
et les sous-préfets des arrondissements concernés
montre qu’au XIXe siècle
et au début du XXe, ce critère n’est
pas le seul. La moralité et les
opinions politiques des candidats sont pris en compte : ainsi
en 1905,
être un républicain est un atout majeur pour
être nommé, à l’inverse
afficher
ses sentiments bonapartistes vaut un refus de nomination. Dans les
faits, de
nombreux membres dont la sensibilité politique
n’était pas conforme à celle du
pouvoir en place, ont quand même été
nommés. En revanche, j’ai rencontré un
seul refus de nomination, en 1899, pour un candidat dont le
tempérament était
réputé violent et dont le casier judiciaire
comportait deux condamnations.
* Le
financement des activités
Le problème des ressources n’est pas
abordé dans les
statuts. Si la Commission est assimilée à une
société savante pour ses travaux,
il n’en est pas de même pour son fonctionnement et
pour sa trésorerie. Son lien
avec le pouvoir préfectoral fait d’elle une
commission administrative. Aussi,
la Commission historique n’est pas concernée par
la reconnaissance d’utilité
publique, à laquelle aspiraient de nombreuses
sociétés savantes au XIXe siècle,
cette reconnaissance permettant de recevoir donations et legs. Il en
est de même
pour la loi de 1901.
Autre différence de taille, l’absence de
cotisations
acquittées par les membres, qui prive la Commission
d’une source de revenus. A
la différence des sociétés libres, la
Commission dépend financièrement des
aides extérieures qui lui sont apportées. Au XIXe
siècle, celles-ci
proviennent du Conseil général et ponctuellement
du ministère de l’Instruction
publique. Les premières années de la
Commission sont les plus difficiles : celle-ci se heurte
à plusieurs refus
du Conseil général.
3-
Les membres
*
l’activité professionnelle des membres
La Commission étant d’obédience
préfectorale, la
plupart d’entre eux appartiennent au service public. Tout
d’abord, les
fonctionnaires au sens strict (secrétaires de
préfecture, magistrats, secrétaires
de mairies, quelques membres de l’armée). Cette
classe de fonctionnaires domine
dans les premières années de la Commission, puis
régresse tout au long de la
période. Sur les listes étudiées au
XIXe siècle, ils sont 24 en
moyenne, sur celles du XXe siècle, ils sont moins de 7 en
moyenne.
L’évolution la plus significative au XXe
siècle, est la place
prépondérante dans les effectifs prise par le
monde enseignant, d’une part, et
par les fonctionnaires du patrimoine, d’autre part. Les
enseignants ne sont pas
présents à la création de la
Commission. Le premier est François Chon,
professeur d’histoire à Lille, nommé en
1841, alors âgé de 29 ans. Jusqu’en
1853, la part prise par le monde enseignant est réduite (3
en 1846), ensuite
ils sont plus nombreux avec pour la première fois
l’apparition sur les listes
des membres de professeurs de faculté en 1860 et 1868. Le
tournant de cette
présence accrue se fait sous les Troisième et
Quatrième Républiques avec des
pics en 1951 et 1952 où huit enseignants sont
nommés sous la présidence de
Pierre Piétresson de Saint-Aubin, et s’accuse sous
la Cinquième. Sur la liste
des membres de 2000, ils sont 40. Les fonctionnaires du patrimoine
(conservateurs, archivistes, bibliothécaires…),
sont naturellement présents
depuis l’origine de la Commission. Douze sur la liste des
membres de 1903, ils
sont 30 sur celle de 2000. Elle a
compté en son sein de nombreux archivistes. Figures
emblématiques et véritables
piliers de l’institution, on peut citer entre autres
André Le Glay, Alexandre
Desplanque, Jules Finot, Pierre Piétresson de Saint-Aubin.
Le clergé est quasi absent à l’aube de
la Commission.
Une seule nomination sous la Monarchie de Juillet, aucune sous la
Seconde
République. Il représente par la suite un groupe
important, plus de 10 % des
nominations depuis l’origine. Son rôle dans les
responsabilités et dans la
production intellectuelle de la Commission est incontestable.
Il n’est pas possible de détailler ici la
présence des
autres catégories socioprofessionnelles :
professions juridiques (63
nominations depuis l’origine), médicales (42),
économiques(56), artistiques ou
littéraires(79).
Concernant l’activité de la Commission,
l’évolution de
certaines catégories socioprofessionnelles traduit un
changement de priorité.
Cela se voit notamment pour les architectes dont la présence
est constante sur
les listes de membres du XIXe
siècle, à une époque où la
CHN était chargée de la conservation des
monuments
(elle comptait alors un architecte par arrondissement) et ils
représentent alors
environ 9% des effectifs en moyenne. Leur présence est
encore avérée sur les
listes de 1921, 1939 et 1948 mais s’effondre à 3 %
en 1959, et enfin il n’y en
a plus aucun sur les listes de 1990 et
2000.
* Les
femmes dans la CHN
Dans toutes les sociétés savantes, la
présence féminine
est rare avant 1870-1880 ; à la CHN, il faut
attendre 1954 pour qu’une
femme soit nommée. Il s’agit d’Odette
Crombez, suivie en 1955 par
Yvonne Duhamel et Thérèse Vergriete. Ce sont les
seules femmes parmi
les
90 membres nommés sous la Quatrième
République.
Sous
la Cinquième République et jusqu’en
2000, 30 femmes sont nommées. Les 2/3
d’entre-elles sont fonctionnaires du patrimoine,
détentrices de diplômes
universitaires, notamment en histoire, mais aussi en
géographie, en lettres et
en droit. Trois d’entre-elles sont
diplômées de l’Ecole des Chartes. Sur la
liste des membres de 2000, elles ne représentent que 21 %
des effectifs, mais
deux d’entre elles occupent des responsabilités au
bureau.
*
l’implication des membres dans leur
société,
l’assiduité
Si
nous prenons par exemple la période 1840-1849, on
relève 34 membres différents, seuls neuf
d’entre eux assistent à plus de la
moitié des séances. Entre 1870 et 1875, sur un
total de 38 séances, seules cinq
d’entre elles voient les fauteuils occupés par un
peu plus de la moitié de
l’effectif. Parfois les membres du Bureau
dépassent en nombre celui des
résidants. Pour faire court, j’arrive à
une période récente, l’année
2000 par
exemple. L’effectif des membres titulaires lillois est de 59
personnes, parmi
elles 24 n’ont assisté à aucune
séance, soit 40 % de cet effectif, 4 membres
sont présents à une seule réunion, 5
membres assistent à 2 séances.
En revanche, le nombre moyen de participants aux
séances de l’année 2000 est le plus
important de toutes les périodes
étudiées,
proche de 29 personnes. Ceci est dû d’une part
à l’effectif plus important des
titulaires lillois, d’autre part à la
présence des titulaires des autres
arrondissements qui, rarement présents aux
séances du XIXe siècle,
sont de plus en plus nombreux, jusqu’à atteindre
en moyenne 46 % des présents
en 2000. La faible participation aux séances
s’explique par des raisons très
diverses : la non-résidence dans la ville
siège de la société,
l’activité
professionnelle, l’appartenance à
d’autres sociétés,
l’âge, des saisons, des
jours et des horaires qui ne conviennent pas.
4-
l’activité de la Commission,
*Les
publications
Les
bulletins sont incontestablement pour les
historiens, les chercheurs et pour tout un chacun une source de
documentation
considérable. L’analyse des tables des
matières des bulletins montre que dans
les premières années, et jusqu’en 1871
environ, les communications publiées
sont des descriptions de monuments religieux
ou civils, d’objets, de mémoires sur les archives
et des essais d’archéologie.
Les préoccupations des membres se portent principalement sur
les édifices, avec
une répartition équilibrée entre
monuments civils et religieux. Au départ, les
thèmes consacrés à
l’histoire proprement dite sont peu nombreux, mais si on
additionne à l’histoire ses corrélats
(biographie, numismatique, épigraphie,
héraldique, etc.), on atteint tout de même 52 %
des travaux publiés entièrement
entre 1840 et 1871. Par la suite, la part des travaux prise par
l’histoire ne
cesse de croître. C’est dans le dernier quart du
XXe siècle que le
nombre de communications afférentes au patrimoine est le
plus faible ;
cette évolution est probablement liée
à l’amoindrissement de la
responsabilité
de la Commission en matière de patrimoine.
Les
tables des matières des bulletins montrent les
périodes de prédilection de la Commission. Pour
la période 1840-1871, c’est la
période médiévale qui arrive en
tête avec un taux de 32 %, suivi de la période
moderne. La même étude
réalisée sur les bulletins 37 à 40,
couvrant les années
1947 à 1976, montre que c’est
l’histoire
contemporaine qui y est privilégiée avec 41
%
des titres, suivie de l’histoire moderne.
L’histoire ancienne n’est pas
représentée.
*
l’action de la Commission sur le plan de la
protection du patrimoine
L’inventaire :
depuis sa création, la Commission a
entrepris une série d’actions
d’inventaires. Dans les années 1840,
l’inventaire
est une commande gouvernementale et les préfets
reçoivent des circulaires leur
rappelant l’obligation de dresser dans chaque
département l’inventaire des
sources écrites, monumentales et archéologiques.
Dans le département du Nord,
la Commission apporte elle aussi sa pierre à
l’édifice archéologique par la
réalisation de la Statistique
archéologique du département du Nord,
publiée en 1867. Etablie par
arrondissement et pour chaque commune, la Statistique donne un
résumé de son
origine et de son histoire, décline les formes anciennes de
son nom, décrit ses
armoiries, dresse l’inventaire des monuments
qu’elle possède et des faits
historiques dont elle a été le
théâtre. Ce travail a été
réédité en 1991 à
l’instigation de René Robinet,
secrétaire général de 1966
à 1994. Dans les
années 1870, c’est le patrimoine mobilier du
département qui fait l’objet d’un
recensement sous l’impulsion du président Edmond
de Coussemaker. L’année
suivante paraît l’Inventaire
des objets
d’art et d’archéologie dans les
églises pour l’arrondissement de Lille et pour
l’église Saint-Pierre de Douai, publié
dans le
onzième tome du bulletin. Jacques Guillouet,
vice-président de la Commission de
1972 à 1994 et Conservateur des Antiquités et
Objets d’Art du département est,
dès 1963, l’initiateur d’un
« Inventaire départemental des objets
d’art
non classés par l’Etat », et
précède ainsi la création
même de
l’ « Inventaire
général des monuments et des richesses
artistiques de
la France » institué par le
décret du 14 mars 1964 sous l’instigation
d’André Malraux. L’institution de
l’Inventaire départemental devance aussi la
loi du 23 décembre 1970 instituant un
« Inventaire supplémentaire des
Objets mobiliers » . A partir de 1974,
l’attention de la Commission
se porte davantage sur les monuments bâtis, et avec
l’accord du préfet, un
groupe de travail est constitué,
présidé par Jacques Guillouet. Ce groupe de
travail est chargé du recensement des immeubles
antérieurs à 1900. Pendant
cette période, la Commission se rapproche du rôle
qui lui était assigné à son
origine.
*
La
conservation du souvenir
La
Commission ne s’est pas intéressée
seulement aux
édifices existants mais aussi à ceux qui
devaient disparaître et même à
ceux disparus, en
conservant leur souvenir par des dessins, puis par la photographie.
Dès la
première circulaire adressée aux membres, le
président De Contencin précise que
la « Commission attachera beaucoup de prix
à recevoir des dessins ou des
empreintes de tous les fragments d’architecture ou de
sculpture
ancienne ». Une importante collection iconographique
a été constituée et
les bulletins sont agrémentés de nombreux
croquis, planches exécutés par des
membres de la Commission ou par des artistes extérieurs,
certains connus
localement (Boldoduc, Félix-Fleury Robaut, lithographe
douaisien, Louis Cellier
de Valenciennes, etc.). Dans le domaine de la photographie, la
Commission s’est
montrée innovante et très tôt
intéressée par le procédé.
En 1851, le lillois
Blanquart-Evrard est nommé membre de la
Commission ; la même année, il
relève le défi de la création
d’une imprimerie photographique ouverte à
Loos-les-Lille. Lors de la séance du 3 février
1870 il est chargé avec
l’architecte Benvignat de faire des photographies des
immeubles qui doivent
disparaître lors du percement de la rue de la Gare. Cette
initiative fait suite
à une intervention de l’un des membres de la
Commission, de Norguet, qui
estimait qu’il fallait conserver le souvenir de ces
constructions. On peut
imaginer que cette initiative de la Commission a
inspiré l’administration municipale,
laquelle confie
en mars 1870, au photographe Le Blondel de réaliser les
clichés. Autre
photographe, Augustin Boutique, entré à la
Commission en 1898. A partir de 1905
il se livre à un travail systématique
d’inventaire par la photographie des
monuments et des œuvres d’art pour la plupart des
communes du département. De
nombreux membres ont alors prêté leurs collections
de clichés pour être
reproduits par la Commission en la personne de Delphin Petit
nommé en 1884. Cet
ensemble est appelé Collection Boutique.
Aujourd’hui, la collection
photographique de la Commission est très
précieuse, et une partie de cette
collection n’a pas été
inventoriée.
Discussion
La
discussion est ouverte après que Philippe Marchand
eût chaleureusement remercié la
conférencière pour la qualité de son
travail.
Pierre Leman pose la question, restée sans
réponse, de savoir quand le premier
étranger a été
nommé à la CHN. Peut-être Maurice
Arnould ? Pierre Leman rappelle les
liens avec les sociétés historiques belges et les
échanges de revues. Il
rappelle qu’en 1940-1941, une sous-commission à
Bavay s’efforçait d’empêcher
les expropriations. P. Oddone demande si, comme entre 1940-1944, la CHN
a
fonctionné pendant la guerre 14-18 ? En fait la
dernière réunion s’est
tenue le 6 juillet 1914 ; puis on ne relève que 2
séances pendant toute
l’occupation. En 1941, la CHN se réunit une
première fois en octobre, puis
tient régulièrement ses
séances pendant
le reste de la guerre, avec en moyenne 18 membres présents.
Philippe Marchand
rappelle l’incendie de l’hôtel de ville
de Lille en 1916 qui a détruit la
plupart des archives de la Commission, hormis les plaques de verre
conservées
au Palais Rihour.