COMMUNICATION DU 25 MARS 2003

Albert Calmette et les problèmes alimentaires pendant la guerre 1914-1918 à Lille

par le Dr. Alain Gérard

 
Lille a connu deux sévères occupations militaires au cours du XXe siècle. Les problèmes alimentaires s’y sont manifestés de façon pénible, mais ont été nettement plus graves au cours de la Première Guerre mondiale.

Pourquoi et comment Lille a-t-elle été occupée ?

L’Etat-major français, beaucoup mieux informé des plans de campagne allemands qu’on ne l’écrit, savait que l’attaque initiale n’intéresserait pas Lille, d’où le désarmement de la ville qui indigne la population. Nul ne pouvait prévoir la bataille de la Marne, la « course à la mer » et le « cafouillage » aboutissant au bref siège de Lille et à sa prise le 12 octobre après un court, mais destructeur, bombardement incendiaire.

L’occupation, qui durera quatre ans et quatre jours, commence : quelles sont les autorités en présence ? Pour les Français les fonctionnaires civils ont ordre de rester sur place. Le préfet Félix TREPONT, 51 ans, occupe son poste depuis 1911. Fonctionnaire jeune, dynamique, n’acceptant aucun accommodement avec l’ennemi, quelles que puissent être les conséquences pour la population. Il s’entend mal avec le maire qu’il accuse de laxisme. Il laisse des mémoires secrets, maintenant accessibles (A.D.Nord, Musée 349) intéressants pour le problème qui nous occupe jusqu’au 15 octobre 1915, date de sa déportation en Allemagne. Lui succède le sous-préfet d’Avesnes, ANJUBAULT, réfugié à Lille avec sa famille, qui assure les fonctions jusqu’à sa mise en résidence surveillée en 1918. Le conseiller de préfecture REGNIER lui fait suite ; l'un et l'autre entretiennent des rapports normaux avec le maire Charles DELESALLE. Celui-ci, âgé de 64 ans, vient d’être réélu à son second mandat. C’est un industriel textile, républicain libéral, d’un patriotisme indiscutable mais qui a le souci de protéger la population qu’il administre. Diplomate, il a des relations correctes avec l’opposition. La nécessité de faire front à l’occupant resserre encore les membres des diverses fractions politiques. L’entente des autorités civiles (Université, chambre de commerce, Banque de France, administration des hospices) politiques et religieuses (Mgr. Charost) se maintient durant toute l’occupation.      En face l’occupant installe une administration militaire rigide    : Kommandantur, Direction des Etapes, Passkontrol, dirigée par un général de division intraitable, von Heinrich. Il est secondé par un général de brigade (qui lui succédera) von Graevenitz chargé des affaires civiles, tout aussi dur, mais moins redoutable que le capitaine Himmel commandant une police militaire très crainte.

La situation étant ainsi posée, de quels éléments d’information disposons-nous pour en suivre l’évolution ? Ils sont relativement nombreux. Outre les mémoires du préfet TREPONT, déjà signalés, mais à utiliser avec prudence en raison de leur aspect trop souvent passionnel, des souvenirs, très divers ont été publiés. Ceux de P. Trochon, édités en 1922 sont précieux par la minutie des renseignements consignés sur le ravitaillement. La monographie sur le ravitaillement des régions envahies de la France parue en 1930 sous la signature de Collinet et Stahl est utile. Les dossiers A.D. Nord de la sous-série 9 R sont fondamentaux ; aux Archives municipales, 4 H 246 est essentiel pour les restaurants municipaux. La collection des 409 numéros du « Bulletin de Lille » est à consulter dans son intégralité ; enfin certaines sources privées, comme les archives du Pr. Calmette ou le recueil constitué par l’étudiant lillois Hiel apportent des compléments utiles.

Quelle description de la situation des Lillois peut-on tirer de l’analyse de ces documents ? La situation morale est dominée par trois sentiments : patriotisme, révolte et angoisse. Le patriotisme est évident et unit tous les habitants ; il est à peine diminué par l’incompréhension du drame vécu et un vague sentiment d’abandon par la Patrie. La révolte est sans cesse renouvelée par l’arbitraire des décisions vexatoires prises par l’occupant. L’angoisse résulte de la présence quotidienne de la guerre : Lille, proche du front, entend les tirs d’artillerie et voit les défilés de prisonniers. Surtout l’angoisse est aggravée par la précarité des conditions matérielles. Lille vit dans un isolement absolu : non seulement toute communication légale est interrompue avec la France, mais la circulation avec les communes voisines est limitée par l’obligation d’avoir des passeports, payants. L’omniprésence d’une administration militaire hostile, arbitraire, tatillonne distribuant amendes et séjours en prison est insupportable, de même que les lourdes réquisitions qu’elle décrète. Le chômage, sauf pour travaux utiles à l’ennemi, amenuise les revenus. Les brimades, couvre-feu, amendes, déportations sont répétitives. Au total les Lillois connaissent l’isolement, le froid, la maladie, la faim. La faim surtout est obsédante.

Le ravitaillement de Lille de 1914 à 1916

Les autorités d’occupation ont une position intransigeante dans ce domaine. Elles subordonnent le passage des quelques convois autorisés, à de rigoureuses clauses financières : payement préalable de l’intégralité des contributions de guerre arbitrairement exigées et des frais de transport. Surtout, ainsi que l’expose clairement v. Heinrich, l’Allemagne, en rétorsion du blocus imposé par les Alliés, réquisitionne pour ses ressortissants l’ensemble des denrées alimentaires des territoires occupés. C’est la population française qui aura en priorité, à subir les conséquences du blocus anglais ! Le gouverneur militaire allemand indique au maire de Lille qu’il doit solliciter auprès du gouvernement helvétique une aide alimentaire. Si cette démarche n’est pas effectuée pour le 30 novembre « aucune subsistance ne pourra plus être fournie à la population de Lille ». Le gouvernement suisse ne donne aucune suite aux deux demandes lilloises qui lui parviennent. Sollicité de nombreux côtés, il ne veut pas risquer d’être accusé d’ouvrir une brèche dans le blocus allié. Une démarche analogue faite auprès du gouvernement français reçoit une réponse négative : « l’occupant doit nourrir l’occupé ». La population lilloise ne recevant aucun apport extérieur, la situation alimentaire ne tarde pas à se dégrader. Les récits publiés concordent avec les souvenirs de Trépont pour fixer à fin 1914 la dégradation nette du ravitaillement avec installation d’une situation de pénurie en janvier 1915.

Le premier problème à régler est celui du pain, dont le Lillois est gros consommateur : 400 g/jour. De plus il demande du pain blanc. Ceci est en contradiction avec les habitudes de l’intendance allemande, qui accepte, avec réticence, de fournir une farine composée pour 1/3 de froment, 1/3 de seigle, 1/6 de maïs et 1/6 de riz. On entre dans un domaine de difficultés durables : les boulangers lillois prétendant ne pas pouvoir panifier cette farine et les Allemands les accusant d’incompétence ou de mauvaise volonté. La pénurie s’installe donc au cours du premier trimestre 1915 : la raréfaction du pain est suivie de celle des pommes de terre, du lait, du beurre et de ses succédanés, des fromages, des œufs, du poisson, du sucre, du café, etc… La viande fraîche disparaît à peu près complètement au mois de mars. La famine est d’autant plus à craindre que le « marché parallèle » est à peu près inexistant et hors de prix. Il est alimenté par des vols effectués sur les stocks officiels et des filières mises en place par des militaires allemands débrouillards. Les sanctions sont lourdes pour les délinquants qui se font prendre.

Face à cette situation la municipalité de Lille décide d’entrer en contact avec le comité formé en Belgique pour l’alimentation de ce pays. Le comité hispano-américain, présidé par l’américain H.C. Hoover, assure un approvisionnement à partir des pays neutres. MM. Louis Guerin directeur du comptoir linier, Labbé inspecteur général de l’enseignement technique et Le Blan, industriel résidant à Bruxelles sont mandatés pour discuter, dans cette ville, la formation d’un Comité d’alimentation du Nord de la France (C.A.N.F.) qui obtient, le 7 avril 1915, l’engagement formel du G.Q.G. allemand de ne pas réquisitionner les denrées importées pour la population lilloise. Ce comité fonctionnera, avec les mêmes dirigeants jusqu’à la fin de la guerre, les Pays-Bas remplaçant les U.S.A. après leur entrée en guerre le 1er mai 1917. Les Lillois doivent se faire inscrire, par famille, afin de pouvoir bénéficier contre tickets, un jour sur deux, des rations de pain mises en vente dans 50 centres établis dans la ville. Les rations varient entre 250 g. et 500 g. suivant les facilités d’approvisionnement. Le système fonctionne bien et d’autres denrées alimentaires sont également mise en vente par le C.A.N.F. dans 15 magasins installés dans les principaux centres boulangers. Les distributions, payantes, sont organisées deux fois par mois. La population y trouve, en petite quantité, les principaux produits d’épicerie, mais fruits et légumes frais ne sont qu’exceptionnellement présents, de même que la viande fraîche. Un deuxième organisme, dit Comité Hollandais, est mis en place dans des conditions comparables à celles du C.A.N.F. et fonctionne en alternance avec lui. Ils constituent la source essentielle d’alimentation des Lillois. Les quantités disponibles sont inférieures à la normale ; le manque d’aliments frais et de protéines pose un problème d’hygiène diététique. Les prix, relativement élevés, sauf pour le pain, créent des difficultés à de nombreuses familles. Certaines sont tentées de revendre en fraude une partie de leurs rations, en particulier de riz.

La pénurie s’accentue en 1916, entraînant ne aggravation de la situation hygiénique de la population. C’est alors qu’il est décidé de faire appel au professeur Calmette. 

Le Pr. CALMETTE et le problème des suppléments alimentaires.

Albert Calmette (1863-1933) est une personnalité très en vue à Lille : médecin militaire formé à la bactériologie, il a été chargé en 1894 de créer l’Institut Pasteur de Lille dont il a fait un laboratoire de recherche de niveau international. L’hygiène est son principal domaine d’activité. Il représente un élément dynamique de résistance à l’occupant. Ces considérations conduisent à demander ses conseils dans la situation difficile que subit la ville. En janvier 1916 le Pr. Lambling attire l’attention du C.A.N.F. sur l’important déficit que comportent les rations attribuées par ses distributions : 1.729 calories/j. et 38 g. d’albumine/j., soit un manque d’environ 30 % par rapport à des rations normales. Calmette écrit le 30 mai au président du même comité, M. Guérin pour lui signaler l’augmentation de la mortalité au cours du premier trimestre 1916 : celle-ci s’établit à 1.396 décès pour 159.000 habitants (3,77 %) contre 1.142 décès pour 217.800 habitants (1,89 %) pour la même période en 1913. Ce doublement est surtout consécutif à l’accroissement des décès dus à la tuberculose et à la misère physiologique.

Le comité décide la formation d’une « commission consultative d’hygiène » comportant quatorze membres (professeurs des deux facultés de médecine, hauts fonctionnaires départementaux, directeur du bureau municipal d’hygiène) et présidée par le Pr. Calmette. Le premier problème confié à l’examen de la commission d’hygiène est celui de la dysenterie dont se plaignent de nombreux Lillois, surtout les sujets âgés. Il peut être établi qu’il ne s’agit pas de vraies dysenteries (les causes parasitaire ou microbienne sont éliminées) mais de troubles intestinaux chroniques dus au régime particulier auquel les tubes digestifs sont soumis avec une abondance anormale d’aliments riches en cellulose. Que faire pour venir en aise aux sujets dénutris ? La seule solution efficace, l’augmentation des rations étant inapplicable, il reste à gérer au mieux la pénurie, en prévoyant des suppléments pour celles et ceux en ayant le plus besoin. Albert Calmette propose la création de « restaurants de suralimentation » municipaux dont les repas seront réservés à des cas médicalement sélectionnés. Cette proposition étant agréée, la réalisation pratique entre en vigueur en janvier 1917. Cinq restaurants, accueillant chacun 600 inscrits, sont organisés dans la ville. Les bénéficiaires, répartis en deux groupes (repas de 10 h à 11 h ½ ou de 16 h à 17 h 1/2) reçoivent un repas gratuit quotidien enrichi en lait, farine lactée et viande. La mairie apportant son appui, les questions de fonctionnement sont aisément résolues. La grosse difficulté est la sélection des 3.000 bénéficiaires. Calmette aurait voulu réserver ces suppléments aux adolescents les plus malingres et aux jeunes prétuberculeux, en éliminant les sujets de plus de 50 ans et les tuberculeux avérés inguérissables. Malgré les filtrages mis en place on ne peut arriver au résultat cherché. L’expérience est un échec : les adolescents régulièrement pesés continuent à maigrir ! L’explication est simple : les repas qui auraient dû constituer des suppléments sont en fait des substituts, la famille se partageant la ration du bénéficiaire du repas municipal… Le problème doit donc être examiné sur de nouvelles bases avec cette circonstance aggravante d’une nouvelle baisse du niveau calorique des rations, ramené à 1.400 calories pour 1917. Les véhémentes protestations des professeurs Lambling et Calmette n’y peuvent rien changer.

Les restaurants dits de suralimentation sont abandonnés et Calmette impose leur remplacement par l’attribution d’une carte de supplément aux adolescents entre 10 et 20 ans. Ce « supplément de croissance » correspondrait à 400 calories « moitié hydrates de carbone, moitié albumine ». Le directeur de l’Institut Pasteur défend avec beaucoup de force la cause des adolescents et surtout des adolescentes dont l’avenir lui semble terriblement menacé. Il finit par imposer sont point de vue et inaugure, par la même occasion, une réglementation plus sévère pour l’attribution des régimes aux malades. 

Carences vitaminiques, fraudes et intoxications.

Il est également fait appel au Pr. Calmette dans des cas de pathologie considérée comme exotique. En avril 1917 des troubles qu’il identifie comme étant le scorbut se manifestent : 294 cas sont recensés surtout dans des collectivités fortement carencées : hospices, orphelinats, prisons. Les quelques légumes frais disponibles leur sont distribués. Plus surprenante encore est la découverte de quelques cas de béri-béri qui prouvent combien les carences vitaminiques sont profondes.

Le service de la répression des fraudes alimentaires est supprimé à Lille au début des hostilités. Le sous-préfet Anjubault le rétablit en mai 1915 et le confie au Pr. Calmette. 764 produits sont examinés jusque fin 1918 avec découverte de 402 cas suspects (53 %). Le lait en boîte est fréquemment incriminé. Compte tenu de la rareté du produit certains laits considérés comme impropres pour les nourrissons sont tolérés pour les adultes. De même pour les farines, certaines provenant de graines germées sont exclues de la panification mais orientées vers un autre usage : brasserie, pâtisserie, crêperie. Les conserves et semi-conserves sont à l’origine de nombreuses malversations, de même que les produits « fantaisie » dont certains font l’objet de réclames dans le « bulletin de Lille » : flocons d’avoine, confitures (gélose colorée) saindoux (graisse de coton), vinaigre (acide sulfurique !, colorants divers), chocolat, café (graisses diverses), apéritifs et liqueurs (sans sucre et sans alcool), etc… Les services de la répression des fraudes sont également sollicités à propos de cas d’intoxication par le plomb tout à fait inhabituels (saturnisme). Les origines, découvertes après une véritable enquête policière sont d’une part des couverts en étain fabriqués avec un alliage riche en plomb et d’autre part du tabac à priser de provenance belge emballé dans du papier d’étain également riche en plomb.

Mais le gros combat qu’eut à mener Calmette fut sa lutte contre les alcools frelatés de provenance frauduleuse. Le problème apparaît en octobre 1916 avec un exposé de L. Guérin sur la mise en vente d’alcools dangereux distillés clandestinement. Ces produits sont doublement délictueux : il proviennent de la distillation soit  de mélasses avariées impropres à cet usage soit de riz d’origine suspecte (vols, détournements, revente illégale). A cette première fraude s’ajoute la distillation clandestine, non suivie de rectification aboutissant à la mise en circulation de composés dangereux car contenant de l’alcool méthylique et amylique, etc. Les dangers consécutifs à l’absorption, même en faible quantité, de ces produits sont bien connus : mort subite, cécité définitive, accidents neurologiques divers. Mais la discussion bute sur une difficulté réglementaire soulignée par les représentants de l’administration siégeant dans la commission : le contrôle hygiénique de l’alcool n’est pas prévu par la loi ! Calmette résume le problème en une courte formule : « comment contraindre le préfet à interdire la mise en vente d’alcools nécessairement tous toxiques ? » Il écrit une longue lettre au sous-préfet Anjubault, lui exposant en détail l’importance de la question et l’urgence d’une solution. Le directeur de l’Institut Pasteur s’étonne de l’absence de réponse et dans une autre délibération de la commission expose ses craintes quant « à la timidité qui est devenue une seconde nature pour les fonctionnaires lorsqu’il s’agit de toucher aux cabinets ». Le préfet, après avoir entendu le Conseil départemental d’Hygiène fait diffuser le 30 novembre 1916 une affiche et un avis à tous les maires sous sa responsabilité reprenant les conclusions de Calmette et mettant en garde les consommateurs. 

Albert Calmette au sein des difficiles problèmes d’hygiène alimentaire, dont il n’avait pas la maîtrise a été investi d’une double responsabilité :
  1. Technique : il est fait appel à ses compétences de bactériologiste (problème de la dysenterie), d’hygiéniste (problème des rations alimentaires et de l’alcool), de médecine coloniale (problèmes des avitaminoses).
  1. Morale : le médecin militaire, le chef, se manifeste comme au sein d’une place assiégée, dans laquelle il faut gérer la pénurie. L’important est de sauver l’essentiel. Il impose, avec une autorité nécessairement tranchante, de privilégier les rations des adolescents qui représentent l’avenir de la Nation, les autres n’ont qu’à obéir.
                       
Ces aspects du personnage sont conformes à l’attitude qu’il a constamment eue au cours d’une carrière durant laquelle il n’a jamais craint d’assumer ses responsabilités.
 
Discussion

Philippe Marchand demande si le tabac était considéré comme générateur de maladies.
R/ Le tabac arrivait de Belgique par fraude (Maylis Jeanson cite la peinture de Remy Cooghe qui traite de cette question de fraude) ; il donnait une intoxication par saturnisme, c’est-à-dire par le plomb ; ce plomb venait du papier d’emballage en étain et l’étain contenait beaucoup de plomb.

L’épisode de Yanka qui continuait à fabriquer de la bonne pâtisserie où les Allemands venaient se régaler, a induit la comparaison avec le commerce du « tout au beurre », qui a fait florès pendant la guerre de 1939-1945 : simple réprobation morale seulement après l’une et l’autre guerres.

Alain Lottin pose le problème de la bière ; la production était-elle interdite ? limitée ? même question pour les potagers familiaux.
R/ La bière a été autorisée mais seulement sous la forme de la « petite bière » ; mais surtout les bières allemandes de très bonne qualité sont arrivées sur le marché lillois. Quant aux potagers familiaux, il s’agissait d’un petit secours pour chaque famille, qu’il fallait surveiller le jour et la nuit, y compris pour les orties qui servaient de nourriture. Cela se faisait sous le contrôle de l’administration militaire ;

Roger Berger apporte un regard différent sur le préfet Trépont, qui, pour certains, apparaissait comme un homme énergique.
R/ Effectivement, il était courageux ; il avait failli être exécuté début 1914 ; il était une « excellence ». Mais il était mal vu car il détestait les francs-maçons ; il jugeait les militaires, incompétents et en était honni ; son attitude lors de l’affaire Dreyfus l’avait, en outre, « classé ». Roger Berger évoque le pain KK ; il existait encore en 1940 et se distribuait pour deux personnes. Le chanoine Platelle rappelle que des poèmes de Jules Mousseron chantent ce pain. Roger Berger parle du privilège donné, tardivement, pendant la première guerre, lors de la seconde, les jeunes étaient baptisés en J1, J2 et J3 et bénéficiaient d’une nourriture plus abondante. Enfin, il cite le cas d’Ernest Langlois, professeur à l’Université, qui est évacué « vers la France » pour raisons sanitaires.

Philippe Guignet évoque les 159.400 habitants en 1916 ; 60.000 avaient quitté la région. A-t-on des documents sur la pyramide des âges ?
R/ Oui, il y en a dans la publication de Calmette sur la tuberculose. Philippe Guignet se demande si le cas de l’isolement de Lille peut être étendu à toutes les villes du Nord. Il confirme que c’est la même chose pour Valenciennes. Mais les autres ?
R/ L’isolement de Lille est particulièrement dur. Il faut un passeport pour se rendre au cimetière du Sud ; il en faut un, payant, pour aller à Roubaix, Tourcoing. Mais l’autorité allemande a ses contradictions internes. En tous cas, pour Lille, la dureté s’explique parce que c’est une ville rebelle et c’est la « capitale ». Monique Mestayer évoque le cas de Douai : le voyage à Dorignies ne se fait qu’avec passeport.
R/ On y trouve les mêmes problèmes, les mêmes sources de ravitaillement, les mêmes recettes, mais comme il y a davantage de jardins, la faim se fait moins sentir. Le rôle de la Croix Rouge a été déterminant pour les gens qui souhaitaient quitter la ville : des trains les menaient vers la Suisse, puis vers la France.