Albert
Calmette et les problèmes alimentaires pendant
la guerre 1914-1918 à Lille
par le
Dr. Alain Gérard
Lille a connu deux
sévères occupations militaires au cours
du XXe siècle. Les problèmes alimentaires
s’y sont
manifestés de façon pénible,
mais ont été nettement plus graves au cours de la
Première Guerre mondiale.
Pourquoi
et
comment Lille a-t-elle été
occupée ?
L’Etat-major
français, beaucoup mieux informé des plans de
campagne
allemands qu’on ne
l’écrit, savait que l’attaque initiale
n’intéresserait pas Lille,
d’où le
désarmement de la ville qui indigne la population. Nul ne
pouvait prévoir la
bataille de la Marne, la « course à la
mer » et le
« cafouillage » aboutissant au
bref siège
de Lille et à sa prise le
12 octobre après un court, mais destructeur, bombardement
incendiaire.
L’occupation,
qui durera quatre ans et quatre jours, commence :
quelles sont les
autorités en présence ?
Pour
les Français les fonctionnaires civils ont ordre de rester
sur
place. Le préfet
Félix TREPONT, 51 ans, occupe son poste depuis 1911.
Fonctionnaire jeune,
dynamique, n’acceptant aucun accommodement avec
l’ennemi,
quelles que puissent
être les conséquences pour la population. Il
s’entend mal avec le maire qu’il
accuse de laxisme. Il laisse des mémoires secrets,
maintenant
accessibles
(A.D.Nord, Musée 349) intéressants pour le
problème qui nous occupe jusqu’au 15
octobre 1915, date de sa déportation en Allemagne. Lui
succède le sous-préfet
d’Avesnes, ANJUBAULT, réfugié
à Lille avec
sa famille, qui assure les fonctions
jusqu’à sa mise en résidence
surveillée en
1918. Le conseiller de préfecture
REGNIER lui fait suite ; l'un et l'autre entretiennent des
rapports
normaux avec le maire Charles DELESALLE. Celui-ci,
âgé de
64 ans, vient d’être
réélu à son second mandat.
C’est un
industriel textile, républicain libéral,
d’un patriotisme indiscutable mais qui a le souci de
protéger la population
qu’il administre. Diplomate, il a des relations correctes
avec
l’opposition. La
nécessité de faire front à
l’occupant
resserre encore les membres des diverses
fractions politiques. L’entente des autorités
civiles
(Université, chambre de
commerce, Banque de France, administration des hospices) politiques et
religieuses (Mgr. Charost) se maintient durant toute
l’occupation. En
face l’occupant installe une
administration militaire rigide :
Kommandantur, Direction des Etapes, Passkontrol, dirigée par
un
général de
division intraitable, von Heinrich. Il est secondé par un
général de brigade
(qui lui succédera) von Graevenitz chargé des
affaires
civiles, tout aussi dur,
mais moins redoutable que le capitaine Himmel commandant une police
militaire
très crainte.
La
situation étant ainsi posée, de quels
éléments
d’information
disposons-nous pour en suivre
l’évolution ? Ils sont
relativement nombreux. Outre les mémoires du
préfet
TREPONT, déjà signalés,
mais à utiliser avec prudence en raison de leur aspect trop
souvent passionnel,
des souvenirs, très divers ont été
publiés.
Ceux de P. Trochon, édités en 1922
sont précieux par la minutie des renseignements
consignés
sur le
ravitaillement. La monographie sur le ravitaillement des
régions
envahies de la
France parue en 1930 sous la signature de Collinet et Stahl est utile.
Les
dossiers A.D. Nord de la sous-série 9 R sont
fondamentaux ;
aux Archives
municipales, 4 H 246 est essentiel pour les restaurants municipaux. La
collection des 409 numéros du « Bulletin
de
Lille » est à consulter
dans son intégralité ; enfin certaines
sources
privées, comme les archives
du Pr. Calmette ou le recueil constitué par
l’étudiant lillois Hiel apportent
des compléments utiles.
Quelle
description de la situation des Lillois peut-on tirer de
l’analyse de ces
documents ?
La situation morale
est dominée par trois sentiments : patriotisme,
révolte et angoisse. Le
patriotisme est évident et unit tous les
habitants ; il est
à peine
diminué par l’incompréhension du drame
vécu
et un vague sentiment d’abandon par
la Patrie. La révolte est sans cesse renouvelée
par
l’arbitraire des décisions
vexatoires prises par l’occupant. L’angoisse
résulte
de la présence quotidienne
de la guerre : Lille, proche du front, entend les tirs
d’artillerie et
voit les défilés de prisonniers. Surtout
l’angoisse
est aggravée par la
précarité des
conditions
matérielles.
Lille vit dans un isolement absolu : non seulement toute
communication
légale est interrompue avec la France, mais la circulation
avec
les communes
voisines est limitée par l’obligation
d’avoir des
passeports, payants.
L’omniprésence d’une administration
militaire
hostile, arbitraire, tatillonne
distribuant amendes et séjours en prison est insupportable,
de
même que les
lourdes réquisitions qu’elle
décrète. Le
chômage, sauf pour travaux utiles à
l’ennemi, amenuise les revenus. Les brimades, couvre-feu,
amendes, déportations
sont répétitives. Au total les Lillois
connaissent
l’isolement, le froid, la
maladie, la faim. La faim surtout est obsédante.
Le ravitaillement
de Lille de 1914 à 1916
Les
autorités d’occupation ont une position
intransigeante
dans ce domaine. Elles
subordonnent le passage des quelques convois autorisés,
à
de rigoureuses
clauses financières : payement préalable
de
l’intégralité des
contributions de guerre arbitrairement exigées et des frais
de
transport.
Surtout, ainsi que l’expose clairement v. Heinrich,
l’Allemagne, en rétorsion
du blocus imposé par les Alliés,
réquisitionne
pour ses ressortissants
l’ensemble des denrées alimentaires des
territoires
occupés. C’est la
population française qui aura en priorité,
à subir
les conséquences du blocus
anglais ! Le gouverneur militaire allemand indique au maire de
Lille qu’il
doit solliciter auprès du gouvernement helvétique
une
aide alimentaire. Si
cette démarche n’est pas effectuée pour
le 30
novembre « aucune
subsistance ne pourra plus être fournie à la
population de
Lille ». Le
gouvernement suisse ne donne aucune suite aux deux demandes lilloises
qui lui
parviennent. Sollicité de nombreux
côtés, il ne
veut pas risquer d’être accusé
d’ouvrir une brèche dans le blocus
allié. Une
démarche analogue faite auprès du
gouvernement français reçoit une
réponse
négative :
« l’occupant doit
nourrir l’occupé ». La
population lilloise ne
recevant aucun apport
extérieur, la situation alimentaire ne tarde pas
à se
dégrader. Les récits publiés
concordent avec les souvenirs de Trépont pour fixer
à fin
1914 la dégradation
nette du ravitaillement avec installation d’une situation de
pénurie en janvier
1915.
Le
premier problème à régler est celui du
pain, dont
le Lillois est gros
consommateur : 400 g/jour. De plus il demande du pain blanc.
Ceci
est en
contradiction avec les habitudes de l’intendance allemande,
qui
accepte, avec
réticence, de fournir une farine composée pour
1/3 de
froment, 1/3 de seigle,
1/6 de maïs et 1/6 de riz. On entre dans un domaine de
difficultés
durables : les boulangers lillois prétendant ne pas
pouvoir
panifier cette
farine et les Allemands les accusant
d’incompétence ou de
mauvaise volonté. La
pénurie s’installe donc au cours du premier
trimestre
1915 : la
raréfaction du pain est suivie de celle des pommes de terre,
du
lait, du beurre
et de ses succédanés, des fromages, des
œufs, du
poisson, du sucre, du café,
etc… La viande fraîche disparaît
à peu
près complètement au mois de mars. La
famine est d’autant plus à craindre que le
« marché
parallèle » est à
peu près inexistant et hors de prix. Il est
alimenté par
des vols effectués sur
les stocks officiels et des filières mises en place par des
militaires
allemands débrouillards. Les sanctions sont lourdes pour les
délinquants qui se
font prendre.
Face
à cette situation la municipalité de Lille
décide
d’entrer en contact avec le
comité formé en Belgique pour
l’alimentation de ce
pays. Le comité
hispano-américain, présidé par
l’américain H.C. Hoover, assure un
approvisionnement à partir des pays neutres. MM. Louis
Guerin
directeur du
comptoir linier, Labbé inspecteur
général de
l’enseignement technique et Le
Blan, industriel résidant à Bruxelles sont
mandatés pour discuter, dans cette
ville, la
formation
d’un Comité
d’alimentation du Nord de la France
(C.A.N.F.) qui obtient,
le 7 avril
1915, l’engagement formel du G.Q.G. allemand de ne pas
réquisitionner les
denrées importées pour la population lilloise. Ce
comité fonctionnera, avec les
mêmes dirigeants jusqu’à la fin de la
guerre, les
Pays-Bas remplaçant les
U.S.A. après leur entrée en guerre le 1er mai
1917. Les
Lillois
doivent se faire inscrire, par famille, afin de pouvoir
bénéficier contre
tickets, un jour sur deux, des rations de pain mises en vente dans 50
centres
établis dans la ville. Les rations varient entre 250 g. et
500
g. suivant les
facilités d’approvisionnement. Le
système
fonctionne bien et d’autres denrées
alimentaires sont également mise en vente par le C.A.N.F.
dans
15 magasins
installés dans les principaux centres boulangers. Les
distributions, payantes,
sont organisées deux fois par mois. La population y trouve,
en
petite quantité,
les principaux produits d’épicerie, mais fruits et
légumes frais ne sont
qu’exceptionnellement présents, de même
que la
viande fraîche. Un deuxième
organisme, dit
Comité
Hollandais,
est mis en place dans des conditions comparables à celles du
C.A.N.F. et
fonctionne en alternance avec lui. Ils constituent la source
essentielle
d’alimentation des Lillois. Les quantités
disponibles sont
inférieures à la
normale ; le manque d’aliments frais et de
protéines
pose un problème
d’hygiène diététique. Les
prix, relativement
élevés, sauf pour le pain, créent
des difficultés à de nombreuses familles.
Certaines sont
tentées de revendre en
fraude une partie de leurs rations, en particulier de riz.
La
pénurie s’accentue en 1916, entraînant
ne
aggravation de la situation
hygiénique de la population. C’est alors
qu’il est
décidé de faire appel au
professeur Calmette.
Le
Pr.
CALMETTE et le problème des suppléments
alimentaires.
Albert
Calmette (1863-1933) est une personnalité très en
vue
à Lille : médecin
militaire formé à la bactériologie, il
a
été chargé en 1894 de créer
l’Institut
Pasteur de Lille dont il a fait un laboratoire de recherche de niveau
international.
L’hygiène est son principal domaine
d’activité. Il représente un
élément
dynamique de résistance à l’occupant.
Ces
considérations conduisent à demander
ses conseils dans la situation difficile que subit la ville. En janvier
1916 le
Pr. Lambling attire l’attention du C.A.N.F. sur
l’important
déficit que
comportent les rations attribuées par ses
distributions :
1.729
calories/j. et 38 g. d’albumine/j., soit un manque
d’environ 30 % par rapport à
des rations normales. Calmette écrit le 30 mai au
président du même comité, M.
Guérin pour lui signaler l’augmentation de la
mortalité au cours du premier
trimestre 1916 : celle-ci s’établit
à 1.396
décès pour 159.000 habitants
(3,77 %) contre 1.142 décès pour 217.800
habitants (1,89
%) pour la même période
en 1913. Ce doublement est surtout consécutif à
l’accroissement des décès dus
à
la tuberculose et à la misère physiologique.
Le
comité décide la formation d’une
« commission
consultative d’hygiène »
comportant
quatorze membres (professeurs des
deux facultés de médecine, hauts fonctionnaires
départementaux, directeur du
bureau municipal d’hygiène) et
présidée par
le Pr. Calmette. Le premier
problème confié à l’examen
de la commission
d’hygiène est celui de la
dysenterie dont se plaignent de nombreux Lillois, surtout les sujets
âgés. Il
peut être établi qu’il ne
s’agit pas de vraies
dysenteries (les causes
parasitaire ou microbienne sont éliminées) mais
de
troubles intestinaux
chroniques dus au régime particulier auquel les tubes
digestifs
sont soumis
avec une abondance anormale d’aliments riches en cellulose.
Que
faire pour
venir en aise aux sujets dénutris ? La seule
solution
efficace,
l’augmentation des rations étant inapplicable, il
reste
à gérer au mieux la
pénurie, en prévoyant des suppléments
pour celles
et ceux en ayant le plus
besoin. Albert Calmette propose la création de
« restaurants
de suralimentation »
municipaux
dont les repas
seront réservés à des cas
médicalement
sélectionnés. Cette proposition étant
agréée, la réalisation pratique entre
en vigueur
en janvier 1917. Cinq
restaurants, accueillant chacun 600 inscrits, sont organisés
dans la ville. Les
bénéficiaires, répartis en deux
groupes (repas de
10 h à 11 h ½ ou de 16 h à 17
h 1/2) reçoivent un repas gratuit quotidien enrichi en lait,
farine lactée et
viande. La mairie apportant son appui, les questions de fonctionnement
sont
aisément résolues. La grosse
difficulté est la
sélection des 3.000
bénéficiaires. Calmette aurait voulu
réserver ces
suppléments aux adolescents
les plus malingres et aux jeunes prétuberculeux, en
éliminant les sujets de
plus de 50 ans et les tuberculeux avérés
inguérissables. Malgré les filtrages
mis en place on ne peut arriver au résultat
cherché.
L’expérience est un
échec : les adolescents
régulièrement
pesés continuent à maigrir !
L’explication est simple : les repas qui auraient
dû
constituer des
suppléments sont en fait des substituts, la famille se
partageant la ration du
bénéficiaire du repas municipal… Le
problème doit donc être examiné sur de
nouvelles bases avec cette circonstance aggravante d’une
nouvelle
baisse du
niveau calorique des rations, ramené à 1.400
calories
pour 1917. Les véhémentes
protestations des professeurs Lambling et Calmette n’y
peuvent
rien changer.
Les
restaurants dits de suralimentation sont abandonnés et
Calmette
impose leur
remplacement par l’attribution d’une carte de
supplément aux adolescents entre
10 et 20 ans. Ce
« supplément
de
croissance »
correspondrait à 400 calories
« moitié hydrates de
carbone, moitié albumine ». Le directeur
de
l’Institut Pasteur défend avec
beaucoup de force la cause des adolescents et surtout des adolescentes
dont
l’avenir lui semble terriblement menacé. Il finit
par
imposer sont point de vue
et inaugure, par la même occasion, une
réglementation plus
sévère pour
l’attribution des régimes aux malades.
Carences
vitaminiques, fraudes et intoxications.
Il
est également fait appel au Pr. Calmette dans des cas de
pathologie considérée
comme exotique. En avril 1917 des troubles qu’il identifie
comme
étant le
scorbut se manifestent : 294 cas sont recensés
surtout dans
des
collectivités fortement carencées :
hospices,
orphelinats, prisons. Les
quelques légumes frais disponibles leur sont
distribués.
Plus surprenante
encore est la découverte de quelques cas de
béri-béri qui prouvent combien les
carences vitaminiques sont profondes.
Le
service de la répression des fraudes alimentaires est
supprimé à Lille au début
des hostilités. Le sous-préfet Anjubault le
rétablit en mai 1915 et le confie
au Pr. Calmette. 764 produits sont examinés jusque fin 1918
avec
découverte de
402 cas suspects (53 %). Le lait en boîte est
fréquemment
incriminé. Compte
tenu de la rareté du produit certains laits
considérés comme impropres pour les
nourrissons sont tolérés pour les adultes. De
même
pour les farines, certaines
provenant de graines germées sont exclues de la panification
mais orientées
vers un autre usage : brasserie, pâtisserie,
crêperie.
Les conserves et
semi-conserves sont à l’origine de nombreuses
malversations, de même que les produits
« fantaisie » dont certains font
l’objet de
réclames dans le
« bulletin de Lille » :
flocons
d’avoine, confitures (gélose
colorée) saindoux (graisse de coton), vinaigre (acide
sulfurique !,
colorants divers), chocolat, café (graisses diverses),
apéritifs et liqueurs
(sans sucre et sans alcool), etc… Les services de la
répression des fraudes
sont également sollicités à propos de
cas
d’intoxication par le plomb tout à
fait inhabituels (saturnisme). Les origines, découvertes
après une véritable
enquête policière sont d’une part des
couverts en
étain fabriqués avec un
alliage riche en plomb et d’autre part du tabac à
priser
de provenance belge
emballé dans du papier d’étain
également
riche en plomb.
Mais
le gros combat qu’eut à mener Calmette fut sa
lutte contre
les alcools frelatés
de provenance frauduleuse. Le problème apparaît en
octobre
1916 avec un exposé
de L. Guérin sur la mise en vente d’alcools
dangereux
distillés
clandestinement. Ces produits sont doublement
délictueux :
il proviennent
de la distillation soit de mélasses
avariées impropres à cet usage soit de riz
d’origine suspecte (vols,
détournements, revente illégale). A cette
première
fraude s’ajoute la
distillation clandestine, non suivie de rectification aboutissant
à la mise en
circulation de composés dangereux car contenant de
l’alcool méthylique et
amylique, etc. Les dangers consécutifs à
l’absorption, même en faible quantité,
de ces produits sont bien connus : mort subite,
cécité définitive,
accidents neurologiques divers. Mais la discussion bute sur une
difficulté
réglementaire soulignée par les
représentants de
l’administration siégeant dans
la commission : le contrôle hygiénique de
l’alcool n’est pas prévu par la
loi ! Calmette résume le problème en une
courte
formule :
« comment contraindre le préfet
à interdire la
mise en vente d’alcools
nécessairement tous toxiques ? »
Il écrit
une longue lettre au
sous-préfet Anjubault, lui exposant en détail
l’importance de la question et
l’urgence d’une solution. Le directeur de
l’Institut
Pasteur s’étonne de
l’absence de réponse et dans une autre
délibération de la commission expose ses
craintes quant « à la timidité
qui est devenue
une seconde nature pour les
fonctionnaires lorsqu’il s’agit de toucher aux
cabinets ». Le préfet, après
avoir entendu le Conseil départemental
d’Hygiène
fait diffuser le 30 novembre
1916 une affiche et un avis à tous les maires sous sa
responsabilité reprenant
les conclusions de Calmette et mettant en garde les
consommateurs.
Albert
Calmette au sein des difficiles problèmes
d’hygiène
alimentaire, dont il
n’avait pas la maîtrise a été
investi
d’une double responsabilité :
Philippe
Marchand demande si le tabac était
considéré comme
générateur de maladies.
R/ Le tabac arrivait de Belgique par
fraude (Maylis Jeanson
cite la peinture de Remy Cooghe qui traite de cette question de
fraude) ;
il donnait une intoxication par saturnisme,
c’est-à-dire
par le plomb ; ce
plomb venait du papier d’emballage en étain et
l’étain contenait beaucoup de
plomb.
L’épisode
de Yanka qui continuait à fabriquer de la bonne
pâtisserie où les Allemands venaient se
régaler, a
induit la comparaison avec
le commerce du « tout au
beurre », qui a fait florès pendant la
guerre de 1939-1945 :
simple réprobation
morale seulement après l’une et l’autre
guerres.
Alain Lottin pose le
problème de la bière ; la
production était-elle interdite ?
limitée ?
même question pour les
potagers familiaux.
R/ La bière a été autorisée
mais seulement
sous la forme de
la « petite
bière » ; mais surtout
les bières allemandes de très
bonne qualité sont arrivées sur le
marché lillois.
Quant aux potagers
familiaux, il s’agissait d’un petit secours pour
chaque
famille, qu’il fallait
surveiller le jour et la nuit, y compris pour les orties qui servaient
de
nourriture. Cela se faisait sous le contrôle de
l’administration
militaire ;
Roger Berger apporte
un regard différent sur le préfet
Trépont, qui, pour certains, apparaissait comme un homme
énergique.
R/ Effectivement, il était courageux ; il avait
failli
être exécuté début
1914 ; il
était une
« excellence ». Mais il
était mal vu car il détestait les
francs-maçons ; il jugeait les
militaires, incompétents et en était
honni ; son
attitude lors de
l’affaire Dreyfus l’avait, en outre,
« classé ». Roger
Berger évoque
le pain KK ; il existait encore en 1940 et se distribuait pour
deux
personnes. Le chanoine Platelle rappelle que des poèmes de
Jules
Mousseron
chantent ce pain. Roger Berger parle du privilège
donné,
tardivement, pendant
la première guerre, lors de la seconde, les jeunes
étaient baptisés en J1, J2
et J3 et bénéficiaient d’une nourriture
plus
abondante. Enfin, il cite le cas
d’Ernest Langlois, professeur à
l’Université,
qui est évacué « vers la
France » pour raisons sanitaires.
Philippe Guignet évoque les 159.400
habitants en 1916 ;
60.000 avaient quitté la région. A-t-on des
documents sur
la pyramide des
âges ?
R/ Oui, il y en a dans la publication de Calmette sur la
tuberculose. Philippe Guignet se demande si le cas de
l’isolement
de Lille peut
être étendu à toutes les villes du
Nord. Il
confirme que c’est la même chose
pour Valenciennes. Mais les autres ?
R/ L’isolement de Lille est particulièrement dur.
Il faut
un
passeport pour se rendre au cimetière du Sud ; il
en faut
un, payant, pour
aller à Roubaix, Tourcoing. Mais
l’autorité
allemande a ses contradictions
internes. En tous cas, pour Lille, la dureté
s’explique
parce que c’est une
ville rebelle et c’est la
« capitale ».
Monique Mestayer évoque le
cas de Douai : le voyage à Dorignies ne se fait
qu’avec passeport.
R/ On y trouve les mêmes problèmes, les
mêmes
sources de
ravitaillement, les mêmes recettes, mais comme il y a
davantage
de jardins, la
faim se fait moins sentir. Le rôle de la Croix Rouge a
été déterminant pour les
gens qui souhaitaient quitter la ville : des trains les
menaient
vers la
Suisse, puis vers la France.