COMMUNICATION
DU 22 MARS 1999
de M. Philippe Marchand
« Le
collège communal de Tourcoing
d’après
les registres d’inscription, 1820-1850 »
En préliminaire
à son exposé, M. Marchand rappelle le
colloque organisé à Tourcoing en 1987 par M. Delsalle sur
le réseau
d’enseignement secondaire dans la France du Nord, lequel a
donné lieu à
plusieurs mémoires de maîtrise, notamment celui de N.
Couvreur. M. Marchand a
utilisé une source documentaire conservée aux Archives
municipales de
Tourcoing, les archives du collège (cote 25 Z), dans lesquelles
se trouvent
surtout des « catalogues
d’élèves », des registres des notes des
élèves, où figurent la mention de
l’école fréquentée avant le collège
ou le
motif de la sortie. M. Marchand a pu ainsi constituer un fichier
d’environ 700
noms d’élèves.
Le collège de
Tourcoing, fondé en 1666 sous le vocable de
Saint-Bonaventure et dirigé par des Récollets
n’avait pas de pensionnat et son
recrutement était essentiellement local jusqu’à la
Révolution (1791). Au XIXe
siècle, le collège prend plusieurs dénominations :
« école
secondaire » en 1802, « collège
communal » en 1808,
« Institution libre du Sacré-Coeur » en
1882. Les principaux furent
tantôt des religieux, tantôt des laïcs :
l’abbé Flageolet (1824-1831), M.
Duchâtelet (1831-1833), M. Nimal (1833-1838), l’abbé
Didier (1838) et l’abbé
Lecompt (1838-1855). M. Marchand présente le parcours
biographique de l’abbé
Flageolet, artisan du développement du collège communal
de Tourcoing au début
du XIXe siècle avec une innovation, l’ouverture du
pensionnat qui abrite
rapidement 45 pensionnaires.
A l’arrivée
de l’abbé Flageolet en 1824, le collège compte
57 élèves et 3 régents. Durant la période
étudiée, M. Marchand note une hausse
des effectifs (290 élèves en 1856), du nombre de classes
(4 en 1824, 10 en
1856) et du nombre de régents. Les effectifs du collège
de Tourcoing ont été
quantifiés, année par année et classe par classe
par M. Marchand qui distribua
à l’assistance des tableaux statistiques à
l’appui de son étude.
Le croissance est
ponctuée de plusieurs
« accidents », entraînant une baisse des
effectifs : en 1831 le
départ de l’abbé Flageolet pour Mouscron
entraîne à sa suite la moitié des
élèves ; en 1846-47 la crise économique et en 1852
une épidémie de fièvre typhoïde
ont de nettes répercussions sur le nombre
d’élèves (de 201 à 148 en 1846-1847
et de 312 à 256 en 1852).
Grâce aux registres
des relevés des notes, M. Marchand a pu
dégager le niveau et la qualité de l’enseignement
dispensé au collège de
Tourcoing, que notre orateur peut décrire comme un enseignement
fondé sur les
traditions où apparaissent des tentatives d’innovation
couronnées d’un succès
certain.
Jusqu’en 1831 le
latin règne en maître (il n’y a pas de
composition française) ; l’histoire et la
géographie sont totalement absents
des compositions jusqu’en 1827 et les mathématiques,
obligatoires à partir de
1814, ne sont étudiées que par une infime partie des
élèves ; une telle
organisation des études est par ailleurs typique de
l’Ancien Régime. A partir
de 1831 et après le départ de l’abbé
Flageolet une double innovation connaît un
très gros succès : l’instauration d’un cursus
« classes françaises »
et l’ouverture de cours d’écriture en anglais et
français, de calligraphie,
d’arithmétique, de tenue des livres de compte, etc.
Avec l’abbé
Lecompt en 1838, on revient nettement aux
humanités malgré le maintien d’une classe de
français, la création d’une 4e
section et de classes primaires supérieures. L’abbé
Lecompt soutient en 1845
que seules les études classiques permettent
d’accéder à un enseignement moral
et oriente de ce fait les boursiers vers les classes latines.
Enfin M. Marchand
présente l’origine sociale et géographique
des élèves. En 1828, un tiers des élèves
proviennent de Roubaix même, la moitié
des villes proches (Lille, Roubaix, etc...). Au cours de la
période, M.
Marchand note l’ouverture (grâce au pensionnat) du
collège à des élèves
extérieurs à l’arrondissement de Lille (de
Solesmes, de Viesly, d’Arleux) voire
même étrangers (belges, mais aussi anglais ou hollandais).
Les enfants issus du
milieu du textile, assez peu représentés en 1827
deviennent proportionnellement
plus nombreux suite à l’évolution économique
de la ville et se retrouvent
essentiellement dans les classes françaises. Un autre groupe
connaît une
croissance numérique : celui des professions libérales
(agents d’assurances,
commissaires-priseurs, douaniers, officiers, notaires, etc...).
En conclusion, M.
Marchand donne des orientations de
recherche complémentaire : une comparaison avec le
collège de Marcq à partir de
1840 et un suivi approfondi du cursus scolaire complet des
élèves.
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M.
Marchand fut vivement félicité par le président M.
le Dr. Gérard qui souligna
la difficulté de tirer parti de sources remarquables mais
arides. La discussion
qui suivit, notamment avec M. Robinet, M. Sivery, M. Ameye porta sur le
débat
qui fut longtemps d’actualité du maintien ou non de la
version latine, sur les
relations entre les régents, notamment l’abbé
Flageolet, et la municipalité ou
les professeurs, et sur les répercussions de la croissance de la
cité
industrielle sur l’évolution du collège.