COMMUNICATION
DU 23 MARS 1998
de M.
René
FAILLE
« Les
armoiries des villes du Boulonnais, du Pays reconquis,
de l’Artois et du Cambrésis entre
1640 et 1646 d’après
un
manuscrit de Pierre de La Planche »
Monsieur Faille a
réservé aux membres de la Commission
Historique du Nord une communication d’une très grande
richesse et d’une
extrême précision scientifique sur un sujet qui passionne
beaucoup d’entre
nous. Notre orateur a projeté à l’appui de ses
propos 88 diapositives et
plusieurs transparents. Enfin M. Faille a généreusement
remis aux archives de
la Commission le texte complet dactylographié de sa
communication, ainsi que
ses diapositives et reproductions en couleur des manuscrits de Pierre
de La
Planche, des archives du ministère de la Justice et de
l’
Armorial du Pas-de-Calais.
En introduction M. Faille
relate comment, membre de la
Société française d’héraldique et de
sigillographie depuis 1952 et
spécialiste des armoiries de Cambrai, il a
pris connaissance des manuscrits de Pierre de La Planche. M. Meurgey de
Tupigny, président de la Société française
d’héraldique, en était alors
possesseur. Il les donna, sur les conseils de M. Faille, au
Musée Condé à
Chantilly qui conservait déjà une collection de bois
gravés d’armoiries des
provinces et villes de France du XVIIe
siècle. Dans sa première partie, M. Faille suit de
près la tradition des
manuscrits de Pierre de La Planche et des bois gravés
d’après les publications
qui ont pu y faire référence.
Pierre de La Planche,
prêtre et bibliothécaire de l’Oratoire
de Paris (1610-1684) laissa à sa mort sa bibliothèque
personnelle au couvent
Saint-Magloire. Ses 400 livres et manuscrits sont
répertoriés dans un catalogue
de 12 pages, qui comporte également son ex-libris gravé
et peint avec sa devise
: « Non fortuna sed veritate ».
P. de La Planche laissa
surtout deux manuscrits portant à
peu près le même titre et présentant un
intérêt exceptionnel pour l’histoire
des blasons des provinces et des villes de France. L’un fut
rédigé de 1640 à
1646 et l’autre de 1669 à 1678.
Quant aux bois
gravés, ils furent exécutés en 1664 pour la
Maison d’Orléans. Vers 1850 ils appartinrent à
l’archéologue Gresy qui s’en
servit pour l’étude des blasons de la ville de Melun.
Gresy les rapprocha d’un
manuscrit qu’il connaissait, signé par Pierre de La
Planche et daté de 1669.
Les bois entrèrent dans la maison d’Aumale en 1891 et sont
conservés depuis
cette date à Chantilly.
Le manuscrit de 1669 (dit
manuscrit B) vu par Gresy servit
de source à A. Canel pour un
Armorial
de
la province, des villes, des évêchés, des chapitres
et des abbayes de Normandie
(1849) et à Girault de Saint-Fargeau pour son
Dictionnaire
des communes de France. Il est encore décrit dans le
catalogue des livres de la bibliothèque de M. Ernest de
Rosière, vendue en
1879. Il s’agit de 2 volumes in-4°, reliure
fleurdelysée ; les armoiries sont
dessinées à la plume et peintes en miniature.
Le manuscrit de 1646 (dit
manuscrit A) a servi de sources à
Girault de Saint-Fargeau et à Malte-Brun et à tous les
héraldistes par
conséquent, qui ont cité ces auteurs.
Le manuscrit A contient
1100 blasons dont 300
ecclésiastiques, 70 blasons divers (Universités,
collèges, Sorbonne, hôpitaux)
et 70 blasons de Savoie et de Piémont.
Le manuscrit B contient
550 blasons communs avec A, plus 45
autres (notamment des villes du Hainaut et de Flandre) et 15 de villes
du
royaume de Belgique. C’est dans l’introduction de ce
manuscrit que , P. de La
Planche dit qu’il a fait graver les bois de son manuscrit.
M. Faille dans une
deuxième partie analyse plus
particulièrement le manuscrit de 1640-1646. Il porte le titre
suivant :
« La description des villes de France recueillie de
plusieurs auteurs qui
en ont escrit, aussi des remarques que Pierre de La Planche, natif de
Paris, en
a faict en beaucoup de villes sur les lieux, le tout divisé en
quatre partie
suivant les douze gouvernements généraulx du royaume et
de quelques pays
adjacens démembrés ».
La partie
présentée par M. Faille se trouve dans le livre II
: le gouvernement de Picardie et d’Artois. Pierre de La Planche
fait une
précision intéressante : une petite croix rouge à
côté du nom des villes marque
celles que l’auteur a vues (ex : Boulogne, Calais, Arras,
Dunkerque).
Pierre de La Planche
visita notre région entre 1640 et 1646
pendant la Guerre de Trente Ans. En examinant la carte publiée
par Jean
Lestoquoy en 1949 dans l’Histoire de la Flandre et de
l’Artois (
Que sais-je ?),
on
s’aperçoit que
Pierre de La Planche avançait avec les troupes royales en Artois
et dans la
région de Landrecies. Il a fait l’historique,
accompagnée de leurs armoiries,
des deux comtés de Boulogne et de l’Artois. Les 7 villes
visitées, avec une
croix rouge sont : Boulogne, Calais, Dunkerque, Arras, Hesdin,
Saint-Pol,
Cambrai. Les 15 villes citées sans avoir été
visitées sont : Etaples, Wissant,
Samer-au-Bois, Ardres, Guines, Thérouanne, Gravelines,
Bourbourg, Saint-Omer,
Béthune, Bapaume, Lens, Lillers, Le Cateau, Landrecies. Soit 22
villes et 33
armoiries dessinées et peintes.
Parmi ces 22 villes, M.
Faille en a retenu 10 (5 pour le
Pas-de-Calais et 5 dans le Nord) pour lesquelles il a pu faire des
recherches
importantes ainsi que des enquêtes auprès des maires de
ces villes. Elles sont
complétées par l’Armorial général
d’Hozier, les lettres patentes de Napoléon Ier,
Louis XVIII et Charles X dont M. Faille a retrouvé les documents
originaux sur
parchemin à Dunkerque et à Landrecies. Pour les 8 autres
villes qui ne les
possèdent plus, M. Faille a utilisé les registres des
minutes et des armoiries
conservées aux archives du ministère de la justice. Enfin
M. Faille s’est servi
des armoiries contemporaines.
Pour chacune de ces 10
villes (Arras, Boulogne, Calais,
Béthune, Saint-Omer, Dunkerque, Bourbourg, Le
Cateau-Cambrésis, Landrecies,
Cambrai), M. Faille a présenté des diapositives
comparatives.
Notre orateur conclut en
soulignant que même imparfaits du
point de vue héraldique, les manuscrits de Pierre de La Planche
représentent
les plus anciens armoriaux des provinces et des villes
françaises connus.
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X X
La
communication de M. Faille a été chaleureusement
applaudie par les membres de la Commission et l’auteur a
été vivement félicité.
Les passionnants propos de M. Faille suscitèrent des
échanges pour le moins
animés qui portèrent essentiellement sur
l’extrême intérêt et la très grande
difficulté de publier un armorial contemporain.