COMMUNICATION DE MARS 1997

de M. Jean-Marie GORIS

« Dunkerque au XVIIe siècle : création et destruction d’un port militaire »
 
Il ne subsiste presque rien aujourd’hui des fortifications de Dunkerque pour lesquelles on a tant travaillé au XVIIe siècle. M. Goris dégage deux grandes périodes chronologiques : de 1600 à 1662 (rachat par la France) et de 1662 à 1713 (traité d’Utrecht). L’exposé est accompagné de la projection de nombreuses diapositives (vues de Dunkerque au XVIIe et au début du XVIIIe siècle, portraits de Vauban, de Fouquet, plans et vues des ouvrages militaires, etc.). 

Au début du XVIIe siècle, Dunkerque n’est défendue que par ses anciens remparts bourguignons de 1405. Enjeu d’un conflit entre la France, l’Espagne et l’Angleterre, Dunkerque est fortifiée tour à tour par ses occupants successifs. En 1640 le gouvernement espagnol fait construire une nouvelle ligne de défense au Nord. De 1646 à 1652, Dunkerque est française ; Mazarin entend dès cette époque en faire une base navale importante. En 1653, le gouverneur espagnol fait réparer les ruines du siège et rétablir le fort Mardyck ; l’ingénieur hollandais Michel-Florent Van Langren diagnostique l’ensablement du port et préconise le creusement d’un canal intérieur débouchant près de Mardyck. En 1658, la ville subit les bombardements intensifs de la flotte anglaise ; les Anglais voulurent remettre la ville en état de défense en démolissant le fort Léon (remplacé par une citadelle) et en créant l’esplanade de Nieuport sur l’emplacement des dunes qui dominaient les fortifications à l’est.

En 1662, Louis XIV se fait renseigner sur la valeur du port par un ingénieur hollandais, Renier Jansen. L’ingénieur militaire Pierre Chastillon de Louvigny et le commissaire général aux fortifications, le chevalier de Clerville, proposent chacun un plan d’aménagement ; c’est finalement celui de l’ingénieur Sébastien Leprêtre de Vauban qui est retenu. Ce dernier se sert des études de ses prédécesseurs (Van Langren en particulier) et distingue trois parties pour les ouvrages à effectuer : la ville, la citadelle et les bastions inondés. Les travaux, quoique fort coûteux (2 millions de livres en tout), avancent vite, notamment en 1671 et 1672.

Le traité de Nimègue en 1678 met fin à la guerre de Hollande ; c’est une année décisive pour Dunkerque. Vauban fait prolonger les jetées, fait percer le banc de sable Shurken qui barrait l’entrée du port aux grands vaisseaux, fait achever le fort Louis. Il projette de perfectionner le port par l’aménagement d’un grand bassin intérieur avec 2 écluses pouvant contenir 80 vaisseaux (achevé en 1686) et surtout par la construction d’un risban, c’est-à-dire d’un terre-plein fortifié protégeant l’entrée du port.
 
Grâce à ses forts, ses risbans, au Fort-Louis et à ses possibilités d’inondations, la place, selon Vauban, n’était plus assiégeable ni par terre ni par mer. M. Goris souligne ici que Vauban espérait que Dunkerque contrôlerait les pays du Nord par la guerre de course et par le commerce en temps de paix grâce à son inexpugnabilité. 

La guerre de Succession d’Espagne donne l’occasion au commissaire général des fortifications de mettre à exécution une idée déjà ancienne : celle du camp retranché. 10.000 hommes y travaillent de juin 1706 à janvier 1707.

Ce fut en pure perte néanmoins que ces efforts furent déployés et des sommes considérables dépensées. Les traités d’Utrecht en avril 1713 ramenèrent la paix en Europe mais furent une désolation pour Dunkerque : l’article 9 stipulait la destruction des fortifications.

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M. le Dr. Gérard remercia vivement M. Goris pour la richesse de cette communication et l’abondance des sources présentées soit sous forme de diapositives soit en documents annexes présentés par l’orateur. 

La discussion qui suivit entre les personnes présentes fut fort nourrie et s’orienta essentiellement sur deux sujets : l’oeuvre militaire de Vauban et la francisation de Dunkerque. Le général Milot souligna que le camp retranché est la grande idée de Vauban dont l’intention était d’en construire un également pour Lille. M. Goris précisa que si les forts étaient en bois, le risban était en « dur » (le socle était certainement en fascines). M. Berger rappela qu’à Calais il y avait également un risban originellement construit en roseaux.

La francisation, selon les recommandations de Vauban, se fit en douceur, grâce à l’administration, le personnel militaire, l’échevinage (M. Goris) ; les actes scabinaux sont tenus en français à partir de 1675 (M. Janssen). Le français a reculé beaucoup plus vite dans les villes et sur la côte (M. Platelle) ; cependant alors qu’à Calais on parla flamand jusqu’au XIIIe siècle, celui-ci était d’usage courant à Dunkerque jusqu’en 1940 (M. Berger). La population dunkerquoise se modifia considérablement consécutivement aux ravages de la peste de 1666 et aux avantages de la franchise qui attira commerçants et artisans s’exprimant en français (Mme Bacquart).