COMMUNICATION DU 26 MAI 2003
Une redécouverte
archivistique à
Lille : quelques papiers de l'Amirauté de
Dunkerque
par
Chrisitian PFISTER
En
1924, M. Bruchet redécouvrait dans les
greniers du tribunal de Dunkerque les archives de
l’Amirauté pour la période
française (1662-1791) qui furent déposées à
la Bibliothèque municipale pour
être la proie des flammes en 1929. Ce fonds a disparu à
jamais, car il ne fut
jamais consulté par les historiens. Grande fut notre surprise de
nous trouver
en présence d’une liasse qui avait échappé
à l’incendie et qui, arrivée dans
les Archives départementales du Nord (comment ?), porte la
cote 6 U 37 du
tribunal de commerce de Dunkerque et s’intitule Pilotage ce qui n’est que
partiellement exact. En effet, une partie de ces archives concernent
les
visites ou inspections des pêcheurs entre Gravelines et
Bray-Dunes. Nous en
comptons 34 entre 1715 et 1784 avec une suite presque continue entre
1728 et
1750, sur le modèle imposé par le commissaire Le Masson
du Parc lors de son enquête
nationale de 1723. Nous avons pour chaque localité
l’identité du pêcheur, son
âge, le type de pêche pratiqué, le nombre
d’enfants. Ce sont des pêcheurs à
pied, les plus pauvres et qui ont nécessairement
échappé aux analyses d’Alain
Cabantous puisque confondus avec les masses rurales qui composaient
à 90% la
population de ces villages. De véritables
généalogies socio-professionnelles
peuvent être enfin établies.
L’autre partie de cette liasse
se
rapporte au Pilotage de Dunkerque, plus exactement à sa
création
officiellement datée de 1728. Mais, les documents les plus
anciens remontent à
1719. Nous y voyons les enjeux que représente cette nouvelle
institution dans
l’éternelle partie de bras de fer qui se joue entre
l’Amirauté, le magistrat et
la chambre de commerce. Assuré du monopole du métier, les
pilotes doivent
s’organiser d’où la présence de nombreuses
commissions de pilotes (25), de
démissions (12) et de plaintes contre eux
et entre eux (26). Mais le succès est au
rendez-vous : les caisses
sont pleines et le magistrat y puise d’où
l’obligation qui leur est faite de
créer une école d’hydrographie en 1768.
La
présence de tous les règlements depuis l’origine
jusqu’en 1837 explique la
survie de cette liasse. Le tribunal de commerce du fait des nombreux
procès qui
s’élevaient entre capitaines et pilotes était dans
la nécessité de posséder la
documentation ad hoc. Aussi,
le greffier d’alors a-t-il jugé bon,
et pour notre bonheur d’historien, de rechercher dans le grenier
du tribunal
l’ensemble de la liasse concernant
ces
problèmes quand même les documents du XIXe
siècle n’en
représentent que 5% du total. Ainsi, il redevient possible de
rouvrir en série
B la sous-série dévolue à l’amirauté
de Dunkerque, en plus avec des documents
exceptionnels.
Un
peintre militaire
anglais au
XIXe siècle : Orlando
NORIE
Michel TOMAZEK
Orlando
Norie, descendant d’une longue lignée de peintres
écossais, est né à Bruges le
15 janvier 1832. Ses parents arrivés sur le continent, sans
doute à la suite
d’un différent familial (un mariage peu
apprécié par les deux familles),
s’installent d’abord à Dunkerque où
réside une importante colonie anglaise.
Après quelques années passées à Dunkerque,
les parents d’Orlando gagnent la
Belgique où ils résident d’abord à Bruges
jusqu’en 1847, puis à Gand. La
fortune familiale connaît des hauts et des bas. Mais, on notera
que le père
d’Orlando exerce la fonction de consul d’Angleterre
à Bruges et à Gand. En
1851, les Norie quittent précipitamment Gand (Pourquoi ?
Sans doute une
affaire financière est-elle à l’origine de ce
départ) pour s’installer à
Dunkerque. Orlando a alors dix-huit ans. Très vite, ses talents
de peintre,
ceux de son frère Frédéric, vont faire vivre la
famille. En 1869, Orlando Norie
épouse Mlle Merlet et s’installe à Rosendaël.
Son atelier reste à
Dunkerque où il se rend chaque jour.
Orlando
Norie est connu comme un aquarelliste, spécialisé dans la
peinture militaire.
Chaque semaine des dizaines d’aquarelles consacrées
à des études d’uniformes,
des scènes de batailles partent pour l’Angleterre
où sa réputation ne cesse de
grandir. En revanche sa peinture militaire consacrée à la
France n’a pas le
même écho sur le plan national. Norie doit ici affronter
la concurrence
d’autres peintres. Orlando Norie a su sortir de la peinture
militaire pour nous donner de nombreuses
aquarelles
illustrant la vie dunkerquoise de la seconde moitié du XIXe dont
il
est un témoin attentif.
Illustrant
son exposé de nombreuses projections, Michel Tomazek nous fait
découvrir un
peintre à la production prolifique qui mérite de sortir
de l’oubli où la France
le maintient alors que sa réputation est très grande dans
le monde anglo-saxon
(cf. le puzzle reprenant un tableau de Norie acheté au canada).
Les
dunkerquois du Réseau
"Alliance"
Patrick ODDONE
Constitué
à la fin de
l’année 1941 et véritablement opérationnel
à partir du printemps 1942, le
groupe dunkerquois appartient à la branche Nord du réseau
« Alliance » dirigé au plan national par
Marie Madeleine Méric
(Fourcade). Ce groupe, conduit au plan local par Louis Herbeaux,
recrute
progressivement une quinzaine de résistants auxquels sont
confiées des missions
de renseignement et d’espionnage : élaboration de
plans des zones minées
du port et des ouvrages construits par les Allemands sur le littoral et
à
l’intérieur des terres, sites stratégiques,
mouvements et identités des unités
ennemies, etc.
Le
démantèlement du réseau local par les services de
l’Abwehr (le contre-espionnage de
l’armée allemande) et de la GFP (Geheime
Feld Polizei, police
secrète de campagne agissant pour le compte de l’Abwehr), est issu de l’arrestation, fin juillet
1942, du Lillois
Jean Rousseau, responsable pour « Alliance » du
secteur Nord, piégé
par les Allemands qui ont introduit un « mouton »
dans sa cellule. Le
10 novembre 1942, le colonel Fernand Alamichel, responsable du
réseau pour la
zone Nord est arrêté à Paris, ainsi que
d’autres résistants parisiens. Les
perquisitions effectuées par la police allemande
entraînent une cascade
d’arrestations dans le Dunkerquois :
- Le
14 novembre 1942, Jules Lanery est arrêté à son
domicile de Rosendaël : il
est le bras droit de Louis Herbeaux.
- Le
17 novembre 1942, Louis Herbeaux et sa fille Andrée sont
arrêtés en gare de
Dunkerque, à leur retour de Paris où ils devaient
remettre des documents au
colonel Alamichel déjà arrêté.
- Le
19 novembre, l’abbé René Bonpain qui a rejoint le
groupe Herbeaux en juin 1942
et appartient aussi au réseau Zéro-France (filière
d’évasion), est arrêté à
Rosendaël. D’autres agents tombent également :
Pierre Briois, Paul Verrons
et Alexandre Hus.
- Le
20 novembre, Suzanne, l’épouse de Louis Herbeaux est
à son tour arrêtée.
- Enfin,
le 30 novembre, la police allemande s’empare de Claude Burnod et
de Jean
Bryckaert.
Tous
sont conduits à la Prison de Loos-lès-Lille et
placés au secret, durant le
temps de l’instruction. Louis Herbeaux est torturé par la GFP lors des interrogatoires. Le 19 mars 1943, les 10
agents du
groupe Herbeaux ainsi que Jean Rousseau
sont traduits devant le tribunal militaire allemand siégeant
à Lille : 8
condamnations à mort sont prononcées (Herbeaux, Bonpain,
Rousseau, Lanery,
Bryckaert, Hus, Briois, Verrons), et trois aux travaux forcés en
déportation
(Burnod, Suzanne et Andrée Herbeaux). Le 30 mars 1943, Herbeaux,
Bonpain et
Lanery sont fusillés au fort de Bondues. Les autres sont
déportés en Allemagne
au printemps 1943 et connaissent de multiples prisons ou camps :
par
chance, tous les déportés de ce groupe échapperont
à la mort bien qu’ils aient
été classés Nacht und Nebel.
Le
démantèlement de ce réseau va susciter bien des
interrogations et des
polémiques après la guerre, notamment à propos de
l’attitude du colonel
Alamichel qui a négocié avec le contre-espionnage
allemand, fut libéré et put
rejoindre Alger. Cette affaire demeure officiellement
une énigme même si les historiens, s’appuyant
sur des documents irréfutables des services secrets allemands et
alliés, sont
parvenus à dénouer cet imbroglio.
Ces
trois communications ont suscité de nombreuses questions et
interventions