COMMUNICATION
DU 28 JANVIER 2002
Par le Dr Desplats
Identification
des princesses de Valois à l’abbaye de Fontenelle au XIVe
siècle
La mise à jour par
les archéologues valenciennois en 1977 des vestiges de l'abbaye
de
filles de Fontenelle a réveillé l'intérêt
des historiens pour ce
monastère, seul exemplaire cistercien du Hainaut
français, né en 1212
de la ferveur de deux soeurs de la petite noblesse locale,
affilié à
Clairvaux en 1218.
Le souvenir,
magnifié par les auteurs valenciennois, en a
été marqué moins par les vicissitudes
éprouvées – depuis le saccage et
l’incendie de 1567 par les huguenots iconoclastes
jusqu’à la suppression en
1792 et le nivellement en 1830 – que par son rôle de
nécropole aristocratique
hennuyère, lorsque, au début du XIVe siècle,
Jeanne, épouse du comte
Guillaume 1er le Bon, sœur du premier roi Valois Philippe
VI,
belle-mère d’Edouard III d’Angleterre et de
l’empereur Louis de Bavière,
devenue veuve, édifiée par la vie des moniales de
Fontenelle du Près, se retire
dans cette abbaye, rejointe peu après sous le voile par ses deux
filles
également veuves, Jeanne marquise de Juliers, Isabelle comtesse
de Namur et par
sa petite fille Anne de Bavière, toutes quatre
décédées et inhumées à
Fontenelle, d’après la tradition valenciennoise
établie au XIXe
siècle.
La mise à
jour par les archéologues valenciennois en 1977 des vestiges de
l'abbaye de filles de Fontenelle a réveillé
l'intérêt des historiens pour ce monastère, seul
exemplaire cistercien du Hainaut français, né en 1212 de
la ferveur de deux soeurs de la petite noblesse locale, affilié
à Clairvaux en 1218.
En vue de la
ré-inhumation, les dépouilles retirées des
caveaux de l’église abbatiale et confiées à
l’association de sauvegarde locale,
ont donc fait l’objet d’une enquête
d’identification préalable, reprenant
l’étude des textes et des épitaphiers, les
confrontant aux relevés
archéologiques puis à l’analyse
médico-légale.
Déjà, la
simple comparaison du récit classique des auteurs
valenciennois – d’Oultreman, Vinchant, Le Boucq au XVIIe
siècle
jusque Dinaux au XIXe siècle - avec
les textes originaux de Froissart, les chartes de Hainaut, avec
l’épitaphier princeps de Fontenelle rédigé
par Lolivier et Dourdier en 1587 ou
avec des travaux récents, si elle corrobore les
éléments biographiques avancés
pour Anne de Bavière effectivement entrée à
Fontenelle vers 1346 et décédée en
juin 1361 à l’âge de 29 ans, oblige à
corriger la date et l’âge de décès de
Jeanne de Valois (1353 (n.s.) en non 1342 et 64 ans environ) mais
surtout
aboutit à retirer à Isabelle la fille la qualité
de comtesse de Namur, de
veuve, de religieuse ; à douter aussi de son
décès à l’abbaye sans qu’on
puisse y contester son inhumation (janvier 1361 n.s.) à
l’âge d’environ 46 ans.
Quant à l’autre fille, Jeanne, mariée en 1329
à Guillaume marquis de Juliers,
sa venue à Fontenelle et son décès en 1338 sont
peu vraisemblables si l’on
tient compte de sa nombreuse descendance – 7 enfants
titrés – de son veuvage en
1361, sa mort en 1374 étant couramment admise, sans
précision de sépulture, en
tout cas sans mention dans l’épitaphier de Fontenelle.
Mais surtout, Jeanne de
Juliers, fille de Guillaume 1er a été confondue par les
auteurs
valenciennois à partir de l’épitaphier de
Lolivier-Dourdier et au prix de
distorsions manifestes des dates et des textes avec Jeanne de Hainaut,
sœur de
Guillaume 1er , religieuse d’origine à
Fontenelle dès 1300, méconnue
des auteurs précités mais attestée dans les
testaments et chartes familiaux et
dans l’obituaire de l’abbaye vers 1310-1330 ; selon
l’épitaphier, elle est
inhumée dans l’abbatiale « en dehors du
chœur à senestre » en 1328
« sous une lame à une religieuse, entourée de
blasons ». L’épitaphier
de Lolivier-Dourdier demeure précieux parce qu’il
mentionne les textes des
épitaphes mais aussi la position de la sépulture :
ainsi avec celle de Jeanne
de Hainaut, celle d’Isabelle de Namur au milieu du chœur,
au bas des marches du
grand autel ; pour Anne de Bavière, tout à
côté mais un peu plus bas et
pour Jeanne de Valois, au milieu du chœur des Dames.
Ce sont donc 5
personnages qui, théoriquement, peuvent
prétendre à une sépulture dans l’abbaye de
Fontenelle et en vis à vis, ce sont
6 réceptacles ou caveaux funéraires qui ont
été inventoriés dans l’abbatiale,
compte étant tenu pour leur attribution, des trois états
architecturaux
reconnus : un 1er état mononef du début du XIIIe
siècle ; un 2e état agrandi à 3 nefs et
chœur des Dames moins
d’un siècle plus tard ; un 3e état de
reconstruction a minima
après 1567 et aussi du passage dévastateur et
préalable à la fouille, d’engins
de terrassement ; on trouve d’est en ouest :
- Le caveau A
inviolé, central au pied du grand
autel (2e état) en
grès, avec corbeaux de support, semble correspondre à la
sépulture décrite
d’Is. de Namur. Il contenait une dépouille entière
totalement déconnectée.
- Le caveau B semblable, plus profond,
sans corbeaux, paraît appartenir au
1er état de l’abbatiale. Il contenait une
dépouille en place, bien
connectée.
- Le réceptacle C proche et
symétrique de B est une niche de grès, avec
dépouille rassemblée ; B et C non décrits
dans l’épitaphier s’interprètent
comme une sépulture conjointe, conjugale de laquelle on
doit légitimement rapprocher une grande
lame
funéraire trouvée non loin et représentant un
couple de châtelains, sans doute
bienfaiteurs, décédés avant 1292.
- Le caveau D, en grès, central
et surélevé dans le chœur des Dames,
correspond à la sépulture décrite de Jeanne de
Valois ; rempli de terre,
il comportait deux dépouilles superposées :
l’une à l’étage supérieur,
étendue en place, bien connectée ; l’autre
rassemblée à l’étage inférieur
avec quelques débris ligneux et métalliques ;
l’étude médico-légale en
sera déterminante.
- Le réceptacle D 2 est une simple fosse
accolée à la face nord du caveau
D ; elle contenait une dépouille étendue en place,
bien connectée ;
non décrite, cette sépulture échancrant le
pavement, apparaît plutôt celle
d’une familière de Jeanne de Valois, une abbesse sans
doute.
- Le caveau E , lui est sans doute
postérieur ; rempli de terre,
débris lithiques dont une tête de prophète
datée du XIVe
siècle ; il ne comportait qu’une dépouille
superficielle, excentrée et en
partie déconnectée ; l’ensemble
témoignant d’une non-occupation initiale
mais d’une sépulture impromptue, après 1567, pour
un titulaire d’abbaye.
L’examen
médico-légal effectué par le Dr M.
Budniok, médecin légiste
assermenté, a porté classiquement sur les
dépouilles A – C – D inf. – E –
seules conservées et, de façon limitée, sur les
clichés des dépouilles en D
sup. et D 2 :
- en
A, on trouve la dépouille d’une robuste
quadragénaire
- en
C, celle d’un homme de cheval, quinquagénaire massif (en
cours de fouille, la
dépouille B, non conservée, a été reconnue
de sexe féminin)
- la
dépouille rassemblée en D inf. est celle d’une
bonne sexagénaire de petite
taille
- en
E, un individu masculin, de type rural
- le
cliché photographique de la dépouille en D sup. est en
faveur d’un sujet adulte
plutôt jeune, plutôt gracile
- celui
en D 2 en faveur d’un sujet de taille moyenne
Ainsi, la confrontation
successive des données historiques,
littéraires, voire psychologiques concernant les princesses de
Valois et leurs
familiers inhumés à l’abbaye de Fontenelle au XIVe
siècle d’abord
avec l’état archéologique des caveaux
funéraires de l’abbatiale puis avec
l’analyse médico-légale des dépouilles
conservées, permet d’identifier avec une
quasi-certitude, les dépouilles de Jeanne de Valois, comtesse de
Hainaut (c.
1289-1352) et d’Isabelle de Namur, sa fille, dame de Renaix (c.
1315-1361) ; avec une grande probabilité, les
Jakèmes de Monchaux (+ 1292, un couple de
bienfaiteurs de l’abbaye) ; avec
assez de vraisemblance, la dépouille d’Anne de
Bavière (c.1331-1361), la petite
fille de Jeanne de Valois (inhumée avec elle et dont la
sépulture décrite n’est
peut-être qu’un cénotaphe) ; vraisemblable
aussi la dépouille de l’abbesse
Isabelle de Prisches (1338-1348). Par contre, la sépulture de
Jeanne de Juliers
(1313-1374), non décrite nommément mais confondue avec
celle de Jeanne de
Hainaut, est très improbable à Fontenelle. Celle de
Jeanne de Hainaut-Avesnes
(1286-1328), certaine dans l’abbaye, n’a pas
été retrouvée.
[de nombreuses
diapositives ont été projetées pendant
l’exposé]
Ph.
Marchand, après avoir félicité l’orateur,
engage la discussion. Il constate que
chez les historiens des XVIe-XVIIe siècles
la chronologie
n’est pas une science exacte. Le chanoine Platelle fait remarquer
qu’on parle
de princesse
s
de
Valois ; or il n’y en a qu’une, les autres sont
princesses de Hainaut.
Pour le Dr Desplats, l’expression est passée dans le
langage
populaire. R. Berger note que le titre de prince est souvent
donné aux ducs de
Croÿ or le titre de duc est supérieur à celui de
prince. E. Desplats précise
que le Monchaux cité est celui près de Valenciennes, que
Jakème de Monchaux ne
paraît pas être châtelain de Monchaux et que
Jakème de Famars est à écarter. R.
Berger rappelle que Julien De Gaulle a édité
l’histoire de St Louis en 8
volumes. C. Lannette regrette que les squelettes
ré-inhumés disparaissent. E.
Desplats précise que des échantillons ont
été conservés, que les os se composent
uniquement de carbonate de calcium sans substance protéique ce
qui donne peu de
renseignements.