COMMUNICATION
DU 22 JANVIER 2001
de M.
Dufour
« Rouleaux
et brefs mortuaires »
A l’invitation de
M. Marchand, président de la Commission
Historique du Nord et de M. Lannette, directeur des Archives
départementales du
Nord où se trouve conservé le rouleau des morts de
l’abbaye St. Sépulcre de
Cambrai, M. Dufour, directeur d’études à la IVe
section de l’Ecole Pratique des
Hautes Etudes a présenté une synthèse fort
érudite et minutieuse sur les
rouleaux des morts médiévaux, en présentant leurs
caractères externes et
internes. M. Dufour a accompagné sa communication de nombreuses
diapositives,
de transparents et de cartes des itinéraires qu’il a pu
retracer au prix d’un
travail minutieux d’identification des lieux. On recense environ
350 documents,
du VIIIe au XVIe siècle, dispersés dans un grand nombre
de collections
publiques ou privées. Le plus ancien original connu est un
fragment du milieu
du Xe siècle (disparu en 1944 à Chartres). Le premier
original conservé dans sa
presque-totalité date de 1122 ; il annonce la mort du
bienheureux Vital, abbé
de Flavigny.
Les rouleaux
médiévaux, à la différence des rouleaux
antiques qui ont une forme de
volumen
écrits en colonnes dans le sens de la longueur, ont une forme de
rotulus écrits
dans le sens de la largeur.. Les brefs et rouleaux mortuaires ont 3
particularités : ils sont méconnus car souvent confondus
avec les obituaires,
itinérants et de valeur secondaire ; en effet les textes
sont de qualité
médiocre.
L’origine de ces
documents répond à un besoin humain de se
regrouper, ici dans la prière, et trouve sa source dogmatique
dans la communion
des Saints, qui a favorisé dès le VIIIe siècle les
fraternités spirituelles
entre les établissements religieux.
M. Dufour fait la
distinction entre
-
les
brefs annuels ou reproduits en multiples exemplaires et confiés
à un messager
qui les distribue aux églises associées spirituellement
et
-
les
rouleaux qui débutent par un faire-part mortuaire porté
à chaque église et qui
sont le plus souvent dépecés à leur retour
à l’église-mère.
Les
rouleaux sont larges de 18 à 27 cm, leur longueur peut aller
jusqu’à 30 m. et
800 titres. Ils sont composés de feuilles de parchemin
collées ou cousues,
enroulées sur un cylindre de bois. Seule la face interne du
parchemin porte des
mentions ; parfois le rouleau (dit opisthographe) est écrit des
deux côtés.
Les
rouleaux des morts comportent deux éléments textuels :
une encyclique et des
titres.
L’encyclique
est un faire-part et non une annonce car le rouleau quitte
l’église plusieurs
mois après la mort de l’intéressé. Elle est
écrite en prose, rarement en vers ;
elle est exceptionnellement décorée d’un filigramme
fleuri en bordure. Elle
contient la plupart des subdivisions des actes médiévaux
: une souscription ;
une adresse générale ; un salut ; un préambule de
nature le plus souvent
théologique ou qui souligne la douleur de la communauté
orpheline. Parfois le
préambule dresse un portrait élogieux du défunt ou
donne le récit de son décès.
Enfin l’encyclique se termine par un dispositif très bref
où l’on sollicite des
prières pour les défunts.
Les
enluminures (comme pour le rouleau de St-Sépulcre de Cambrai
apparaissent au
XIIe siècle).
Les
titres qui forment la deuxième partie des rouleaux des morts
présentent des
écritures fort diverses, tantôt appliquées,
tantôt sans soin. Du Xe au XIIe
siècle ils peuvent être versifiés mais les
règles élémentaires de métrique ne
sont pas respectées, les clercs se piquent
d’érudition en citant du grec ou des
poètes latins. La date et le nom précis de
l’église visitée sont souvent omis.
A partir du XIIe siècle, les titres sont plus courts et les
textes stéréotypés.
A la fin du Moyen-Age, ils ont perdu tout intérêt sur le
fond mais donnent des
indications précises sur le lieu visité, la date et
parfois l’heure.
M.
Dufour donne encore des précisions sur les ordres qui utilisent
cette pratique
(bénédictins ou chanoines réguliers, à
l’exclusion des ordres mendiants) et sur
les porte-rouleaux (frères lais ou laïcs salariés
à partir du XVe siècle,
circulant à pied). M. Dufour conclut en soulignant les multiples
intérêts des
rouleaux des morts : atlas paléographique, histoire des
mentalités,
renseignements prosopographiques sur des évêques ou
abbés, itinéraires,
peintures.
La
communication de M. Dufour a été suivie avec un vif
intérêt par les membres de
la Commission Historique du Nord. M. Marchand, après avoir
remercié l’orateur
et rappelé l’exposition en 1984 « Notre
région au Moyen-Age » invita
les membres à une discussion fort animée à
laquelle participèrent MM. Platelle,
Lannette, Défossez, Berger et Delmaire.