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aux Archives départementales du Nord
sous la présidence de M. Marchand
Présents : Melle Ch. Lesage, Mme Th. Lecroart, Mme Y. Henel, M. M. Lekieffre, M. A. Gérard, Melle M. Mestayer, Mme F. Bruno, M. B. Lefebvre, M. L. Deleplanque, M. B. Delmaire, M. M. Debersée, M. D. Delgrange, M. A. Plateaux, M. G. Janssen, M. M. Delecaut, M. A. Delqueux, Mme M. Jeanson, M. M. Tomasek, M. P. Oddone, M. G. Dalmasso, M. M. Vangheluwe, Melle M. Vasseur, Mme C. Wallart, M. C. Lannette.
Excusés : M. B. Grelle, M. P. Leman, M. J. Milot, M. R. Berger, Mme N. Malle-Grain, M. S. Calonne, M. R. Galamé, M. J.M. Goris, M. Ch. Pfister, M. J. Becquart, Dr. Desplats, Mme A. Delmotte, Mme P. Bréemersch, Melle C. Biencourt, M. F. Vanremortère, M. J.M. Duvosquel, Mme Cuvelier, Mme Marécaille, M. F. Boniface, Mme I. Aristide, Mme N. Malle-Grain, M. F. Boniface, M. D. Terrier, M. le chanoine Platelle, M. A. Lottin, Mme M. Dumont.
Monnaie et crédit sous l’Ancien Régime –
Le cas de Douai aux XVIIe et XVIIIe siècles
Le
rôle de la monnaie et du crédit dans le développement économique des sociétés
pré-industrielles reste encore mal connu. Il est vrai que les documents
manquent parfois pour apprécier la manière dont l’argent irriguait les circuits
économiques locaux qu’ils soient agricoles ou artisanaux, ruraux ou urbains.
Cette communication a pour but de montrer comment fonctionnait le marché du
crédit à Douai et dans sa région au cours des XVIIe et XVIIIe
siècles. Ville importante des Pays-Bas méridionaux puis de la France du Nord,
Douai est, au XVIIIe siècle, le siège de deux institutions
prestigieuses, l’Université et le Parlement de Flandre, qui vont lui assurer
prospérité et rayonnement jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
Si l’Église interdisait le prêt à intérêt, elle acceptait cependant une forme particulière de crédit, la rente constituée (ou héritière), qui avait en réalité toutes les caractéristiques d’un prêt à intérêt. Mais pour être acceptée par l’Église, la rente héritière devait cependant respecter certaines conditions : être assignée sur un immeuble spécifique, maison, terre, fief, etc., ne pas dépasser un taux maximum, être rachetable au gré du débiteur, le prêteur ne pouvant exiger le remboursement de son capital.
Les minutes des rentes passées devant les notaires de Douai sont actuellement conservées aux Archives départementales du Nord dans le fonds appelé « Tabellion de Douai ». De 1600 à la fin du XVIIIe siècle, ce dépôt comprend un total d’environ 13000 créations de rentes héritières. Toutes les informations figurant dans ces documents, patronymes, qualités des contractants, montants empruntés, annuités, biens hypothéqués, etc., ont été relevées et intégrées dans une base de données informatisée, ce qui a permis de procéder à une analyse précise et complète du marché du crédit privé à Douai et sa région au cours des deux derniers siècles de l’Ancien Régime.
Les rentes, comme tous les contrats, sont exprimées en monnaies de compte. À Douai et dans sa région, on utilise plusieurs monnaies de compte : la livre parisis monnaie de Flandre, puis, à partir du début du XVIe siècle, le florin monnaie de Flandre, enfin avec la conquête de la Flandre par Louis XIV, la livre tournois de France. Ces trois monnaies de compte sont liées entre elles par un rapport fixe : la livre parisis de Flandre est égale à la moitié du florin et le florin est supérieur d’un quart à la livre tournois de France. L’étude des monnaies utilisées dans les contrats de rente montre qu’au cours des deux siècles le florin occupe toujours la place principale, bien que décroissante à la fin du XVIIIe siècle, ce qui montre un fort attachement de la population locale à sa monnaie traditionnelle.
Quels sont les intervenants sur le marché douaisien ? Concernant d’abord les emprunteurs, on constate qu’au XVIIe siècle, ce sont les habitants des campagnes qui dominent le marché avec près des 2/3 du total des créations de rentes. Le siècle suivant, ils représentent moins de la moitié du nombre d’actes. Ce sont alors les habitants de Douai, notamment les officiers du Parlement et les nombreuses corporations de la ville, qui se taillent la part du lion. La place des membres du clergé et de la noblesse reste modeste même si les montants empruntés demeurent importants.
De gros emprunteurs dominent le marché. Au XVIIe siècle, ce sont les représentants de la grande noblesse locale, les seigneurs de Landas, la famille de Montmorency ou la famille de Berghes, quelques riches marchands de la ville de Douai, les Becquet et Le Vaillant notamment, ainsi que différents établissements ecclésiastiques, l’abbaye des Prés, les couvent des Annonciades et des Minimes.
Au siècle suivant, les sommes empruntées deviennent parfois considérables. Le record est détenu par la famille Calonne qui crée, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, un total de 110 rentes héritières pour un montant de 430000 livres tournois. Louis-Joseph-Dominique de Calonne, conseiller puis président à mortier du Parlement de Flandre, contracte à lui seul, au cours des années 1765-1770, une soixantaine de rentes pour un total de près de 200000 livres fournies par différentes fondations de l’Université de Douai. Le 4 octobre 1786, son fils, Charles-Alexandre de Calonne, alors contrôleur général des finances, emprunte, dans la même journée, auprès des mêmes fondations, un total de 100000 livres de France réparties en 14 rentes.
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, des entreprises font leur apparition sur le marché douaisien : la compagnie des mines d’Aniche, la manufacture de « grès anglais », la verrerie créée par la famille de Bacquehem en 1786.
Bien que les motifs de l’opération ne soient pas toujours clairement indiqués dans l’acte, il s’agit généralement de financer un investissement immobilier important, achat d’une maison, d’une terre ou d’un fief, ou l’acquisition d’une charge ou d’un office (notaire, greffier, conseiller ou procureur au Parlement, etc.) ou encore de faire face à diverses circonstances de la vie familiale, constitution de dots, notamment lors d’un mariage ou pour l’entrée en religion d’un enfant, donations en faveur d’enfants mineurs, legs et fondations faites par des testateurs au profit d’établissements ecclésiastiques. De nombreuses créations ont aussi pour but de consolider une dette existante.
Si
l’on examine la localisation géographique des emprunteurs on constate là aussi
d’importants changements au cours de la période. Au XVIIe siècle,
l’espace couvert par le marché douaisien coïncide largement avec les limites de
la Gouvernance. La ville de Douai ne regroupe pas plus de 20% de la population
des emprunteurs. Au siècle suivant, la domination de la ville de Douai devient
alors écrasante, plus de 70 % des emprunteurs y résident.
Concernant les prêteurs,
l’offre de capitaux est toujours le fait en premier lieu des bourgeois de
Douai. Mais la composition de la population des prêteurs douaisiens a
profondément changé. Au début du XVIIe siècle, les principaux
bailleurs de fonds font partie des grandes familles marchandes de la ville, les
Le Sellier, Becquet, Heriguer, Taisne, Le Vaillant, Cardon, Lemaire, Hattu,
etc. Au siècle suivant, les marchands, quoique toujours présents, ne jouent
plus qu’un rôle modeste sur le marché du crédit douaisien. Les gros prêteurs
appartiennent alors à la catégorie des rentiers ou occupent des fonctions
(conseillers, procureurs, avocats...) auprès du Parlement de Flandre ou de la
Gouvernance de la ville.
La
connaissance de la date de remboursement de chaque rente permet de mesure sa
durée de vie. Les calculs montrent que la durée de vie moyenne d’une rente est
de 17 ans. La rente est d’abord et avant tout conçue comme un instrument de
crédit à long terme et même parfois à très long terme. Ce qui n’empêche pas des
opérations à court terme, une rente remboursée sur huit n’ayant pas plus de
deux ans d’existence.
Le
contrat de rente mentionnant la somme prêtée et l’annuité, il est aisé de
calculer le taux d’intérêt de l’opération qui est d’ailleurs souvent indiqué
dans l’acte par son denier, c’est-à-dire le coefficient par lequel il faut
multiplier l’intérêt pour obtenir le capital. L’un des principes de la rente
constituée est qu’elle ne doit pas dépasser un taux maximum au-delà duquel
l’opération est considérée comme usuraire. Ce taux plafond a évolué au cours du
temps. Fixé au denier 16 (6,25 %) depuis le milieu du XVIe
siècle, une ordonnance royale de 1665 l’abaisse au denier 20 (5 %), taux
qui se maintiendra jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Le
taux légal est loin d’être toujours respecté. Si quelques rentes (2 à 3 %)
sont émises à un taux supérieur au maximum autorisé, il apparaît qu’à partir du
début du XVIIIe siècle un nombre croissant de rentes sont émises
au-dessous du taux plafond. À la veille de la Révolution, 87,1% des rentes sont
au-dessous du plafond de 5 %, dont 84,2 % à des taux égaux ou inférieurs à
4,5 %. La réglementation officielle en matière de taux d’intérêt ne
constitue plus une contrainte.
Mais on peut cependant observer un large éventail des taux pratiqués, de 2 % à 5 % à la veille de la Révolution. Ces écarts dépendent, en premier lieu, des caractéristiques personnelles des emprunteurs, en particulier des risques qu’ils représentent pour les bailleurs de fonds, risques eux-mêmes fonctions du groupe social auquel ils appartiennent. Mais, à l’intérieur de chaque catégorie, des différences importantes existent. Par exemple, pour les conseillers au Parlement de Flandre ou la noblesse, les taux supportés s’échelonnent de 4 à 5 %.
Si l’on observe l’évolution du taux d’intérêt moyen au cours de la période, on constate une nette tendance à la décroissance de ce taux au cours des deux derniers siècles de l’Ancien Régime. Mais ce mouvement séculaire a cependant subi de profondes perturbations consécutives aux événements politiques qui ont affecté la région de Douai. À la veille de la Révolution, le taux moyen sur le marché douaisien s’établit à 4,22 %, dans la moyenne de ce que l’on peut observer sur d’autres marchés.
La légalisation du prêt à intérêt permise par le décret des 3-12 octobre 1789 va entraîner le déclin rapide puis la disparition de la rente héritière comme instrument de crédit. Les contraintes de la rente ne se justifient plus face à des instruments comme l’obligation qui, en plus de sa souplesse en matière de durée du prêt, peut maintenant mentionner le taux d’intérêt de l’opération.
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- DE MEULENAERE (Fabrice), « L’enseignement primaire à Frelinghien de 1585 à 1584 », Mémoires de la Société d’Histoire de Comines-Warneton et de la région, tome 35, 2005, p. 45-64.
- LEMAN (Pierre), « Ce que le canal doit à Maigret », Nord-Éclair, 22 décembre 2005.
- LEMAN (Pierre), « Histoire et description de la chapelle de Tressin », Chapelles, bulletin n° 150, 2005, p. 19-20.
- MARCHAND (Philippe », « Le « Nord à l’école de la Troisième République », L’invention du Nord de l’Antiquité à nos jours De l’image géographique au stéréotype régional, Revue du Nord, 360-361, tome 87-Avril/Septembre 2005, p. 473-486
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Né le 6 octobre 1911, Robert Duée, après des études à l’Institution Saint Jean Baptiste de Valenciennes et l’obtention du brevet d’enseignement supérieur, était entré à l’usine Lorraine-Escaut, où il fit toute sa carrière. Esprit ouvert, il s’intéressa très tôt à l’histoire et en particulier à la numismatique. Membre du Cercle archéologique et historique de Valenciennes dès 1931, il en devint le trésorier, puis le président-adjoint. En 1979, à la suite de la retraite de Paul Lefrancq, il en devenait le président, charge qu’il assuma jusqu’à son décès le 10 janvier 2006. Il en élargit les horizons en instaurant des relations avec d’autres sociétés savantes dans le nord de la France et au-delà de la frontière voisine. Sous sa présidence, le Cercle archéologique et historique de Valenciennes publia plusieurs volumes de Mémoires auxquels il consacrait de longues journées de travail.
Robert Duée était entré à la Commission Historique du Nord en 1955. Il en était un de ses membres les plus anciens avec R. Faille (1951), F. Lentacker(1952), Mlle Vergriete (1955). Robert Duée avait donné deux contributions au bulletin de la Commission, la nécrologie de Paul Lefrancq et une notice sur « Le mobilier de l’abbatiale de Saint-Ghislain (Belgique) en l’église de Saint-Géry ». Robert Duée était très assidu aux séances de la Commission Historique, jusqu’à ce que le grand âge et les infirmités - depuis plusieurs années, il avait perdu progressivement la vue - l’empêchent d’y assister. La Commission Historique conservera le souvenir d’un collègue plein de bons sens et d’une exquise politesse.
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