COMMUNICATION
DU 26 FEVRIER 2001
de
Monsieur GORIS
« François
Demadrys (1649-1699),
un
intendant méconnu de la Flandre maritime »
Des six intendants de
Flandre maritime, François Demadrys
est celui qui resta le plus longtemps en place (de 1680 à 1699)
; c’est
pourtant le moins connu. La brillante communication que M. Goris a
présenté
devant la Commission Historique du Nord, accompagnée d’un
grand nombre de
diapositives met en lumière la carrière personnelle de
l’intendant et son rôle
d’administrateur en Flandre maritime, notamment pour le
développement du
commerce. En étudiant de près l’inventaire
après décès des époux Demadrys, M.
Goris dresse l’état de fortune de l’intendant et
donne de surprenantes
révélations sur son train de vie.
François Demadrys
né en 1649 en Alsace, fils d’un
commissaire des guerres, commence sa carrière dans sa
région natale (bailli
héréditaire d’Ensisheim en 1662, conseiller au
Parlement de Metz, prévôt royal
de Kaysersberg) avant d’être nommé en 1680 intendant
à Dunkerque. Il réside
alors tantôt à Dunkerque, tantôt à Ypres.
Epoux de Anne-Marie Foullé de
Prunevaux qui lui apporte aisance et alliances mais pas
d’enfants, F. Demadrys
décède le 9 janvier 1699 et est inhumé dans
l’église Saint-Eloi.
Décrit par ses
contemporains comme un homme soucieux du
bonheur de ses administrés, F. Demadrys propose aussi des
solutions pour faire
sortir le commerce maritime de son marasme : confirmation de la
déclaration
royale de 1662 ; importation du sucre des Antilles et exportation de
bois, cuivre...
; lutte contre la concurrence anglaise et hollandaise ;
rétablissement de la
pêche ; diminution des droits d’entrée des
marchandises ; augmentation de la
manufacture de draps ; accorder le privilège de port-franc
à Dunkerque. Ce fut
cependant son successeur, Charles-Honoré de Barentin qui
recueillit les fruits
du travail de son prédécesseur.
Deux lettres
trouvées aux Archives de Bergues et
l’inventaire après décès consulté aux
Archives Nationales permettent à M. Goris
de compléter le portrait de F. Demadrys en entrant dans les
détails de sa
fortune, de ses goûts, de la mode du temps et peut-être de
sa personnalité. Le
mobilier des hôtels de Dunkerque et d’Ypres est
évalué à 32.000 livres, ce qui
est confortable mais pas excessif. On remarque dans les inventaires
tout le
mobilier habituel (lits garnis, tables, chaises, pièces de
tapisserie, etc.)
mais aussi une foule d’objets dénotant une grande aisance
et des habitudes
d’homme du monde aimant à recevoir : plusieurs tables
à jouer, porcelaine
chinoise alors en vogue, nécessaires à thé et
à café en vermeil, tabatières, 6
tables à manger pliantes, une batterie de cuisine et de
pâtisserie très
diversifiée (moules à biscuits ou à sorbets,
tourtières, etc.). La cave recèle
du vin des Canaries, du Volnay, des liqueurs et eaux-de-vie, du vin de
Champagne. L’écurie compte 18 chevaux. Les époux
Demadrys ont chacun leur
nécessaire de toilette avec savonnette, éponge,
poudriers, étuis à brosses,
bassins et coquemars en argent. L’intendant ne possède que
peu de livres : 115
à Dunkerque et une soixantaine à Ypres, dont le
Dictionnaire de l’Académie, le
Sanderus Flandria Illustrata, etc. Il montre un goût très
poussé pour
l’horticulture en entretenant un jardin exotique à Ypres
comportant des
orangers, figuiers, jasmins, lauriers-roses, cultivés dans de
grands pots en
faïence.
M. Goris peut conclure
sur François Damadrys que cet homme
qui faisait de fréquents séjours à Paris et
représentait le Roi dans la
province a sans doute réussi à entretenir dans son
hôtel de Dunkerque et
d’Ypres à la fin du XVIIe siècle un certain art de
vivre reflet de celui de la
cour de Versailles.
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La
communication de M. Goris a été vivement applaudie par
tous les membres de la
Commission. M. Marchand, Melle Mestayer, M. Berger, M. Milot, Mme
Jeanson, M.
Lannette intervinrent à tour de rôle pour souligner la
présence ou l’absence de
certains objets dans les inventaires (instruments de musique) et
ouvrirent un
débat sur d’éventuelles relations entre Mme
Demadrys et Mme Guyon ou des
partisans du Quiétisme.