COMMUNICATION DU 24 FEVRIER 1997 par M.
Alain PLATEAUX
« Recherches
sur une abbaye
disparue : Cysoing »
M. Plateaux expose aux
membres de la Commission le résultat
d’une enquête entreprise en 1990 et qui aurait dû
commémorer le 2e centenaire
de la destruction d’octobre 1793 puis de la totale disparition de
l’abbaye en
1795.
L’origine de cet établissement religieux est fort ancienne : dès 752 est attestée l’existence d’un culte à un saint local : Saint Arnould. Mais c’est surtout l’appartenance du lieu au domaine impérial qui lui assurera un destin peu commun. Cysoing fait en effet partie de la dot de Gisèle, fille de Louis le Pieux, qui épouse Evrard de Frioul. Le couple princier y possède une résidence où ils fondent une maison religieuse desservant une chapelle, probablement pré-existante à leur arrivée. Gisèle et Evrard font construire vers 854 une nouvelle église pour abriter les reliques du pape Calixte II qu’ils y ont fait transférer. Le lieu est dédié au Saint-Sauveur et à Sainte-Marie. Les décennies qui suivent sont troublées ; Evrard décède en Frioul le 16 décembre 869, son corps est ramené à Cysoing où il y est encore (M. Plateaux projette des diapositives des restes de ce géant de 2 m. de haut). Par contre, les reliques de Saint-Calixte sont envoyées à Reims pour les protéger des invasions ; elles ne reviendront jamais. Il se produit alors un double transfert : Evrard, béatifié, prend la place de Calixte dans la crypte alors que l’établissement religieux est désormais connu sous le vocable de Saint-Calixte. Ces deux faits sont problématiques et M. Plateaux, en analysant chacun des faits dans le contexte de l’époque, apporte des éléments de réponse. Cysoing devient une véritable abbaye au début du XIIe siècle ; elle se réclame de l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Du temps du premier abbé, Anselme (1129-1189), il reste quelques beaux chapiteaux romans, contemporains de ceux de la cathédrale de Tournai. L’abbaye connaît une période d’extrême décadence aux XIVe et XVe siècles ; le renouveau spirituel et matériel ne vient qu’avec l’abbé Salembien (1486-1525) puis avec le grand bâtisseur que fut Matthias de Barda (1526-1564). Une vue de Cysoing en 1603 dans les Albums de Croy et une description de Martin Lhermite en 1638 permettent de donner un aperçu de l’abbaye au début du XVIIe siècle. Les XVIIe et XVIIIe siècles sont pour Cysoing une période fastueuse, où les travaux se suivent sans cesse, notamment sous les abbés Erasme d’Autel (1619-1635), Laurent de Roques (1720-1765) et Evrard Duhamel (1765-1787). L’abbaye ressemble alors davantage à un château de plaisance qu’à un établissement religieux. La tourmente révolutionnaire (saisie des biens, expulsion des religieux) et la guerre anéantissent littéralement la belle abbaye. Le 27 octobre 1793, les troupes françaises fêtent la reprise de Cysoing sur les Autrichiens en faisant sauter la tour ; l’incendie se propage au reste des bâtiments (sauf les communs). En 1795, l’ancien enclos est loti sans tenir compte du tracé au sol des anciens édifices. En 1801 le dernier abbé ne peut que reconnaître les larmes aux yeux : « Cysoing n’existe plus ». Il n’en restait pas pierre sur pierre. L’état d’anéantissement de Cysoing est tel qu’il est difficile de se la représenter aujourd’hui et même de localiser certaines parties du bâtiment. M. Plateaux projette des diapositives des restes de Cysoing (chapiteaux romans, reliques de Saint-Evrard notamment), de « portraits » des principaux personnages évoqués (pierre tombale de Matthias de Barda, armoiries d’Erasme d’Autel), de vues actuelles de Cysoing (vue aérienne ; cadastre ; les magasins et les écuries aujourd’hui), de représentations anciennes (Cysoing en 1603 dans les Albums de Croy ; en 1667 ; en 1700 ; aquarelles représentant l’entrée et les jardins au XVIIIe siècle ; cadastre du début du XIXe siècle ; plans de Masse de 1727, etc.) et des résultats des fouilles de l’abbatiale effectuées en 1980-1981. Mais surtout l’orateur, pour suppléer aux manques de sources, archéologiques et historiques, projette des vues d’édifices contemporains ou de style analogue à certaines parties de l’abbaye. Ainsi le Palais du Tau à Reims (pour la crypte), Notre-Dame du Sablon à Bruxelles (pour les verrières), Saint-Martin de Liège (pour les voûtes), le château de Beloeil (pour les jardins du XVIIIe siècle). Enfin M. Plateaux apporte d’intéressantes nouveautés à propos du séjour de Louis XV en mai 1744 et de l’érection dans le parc en 1751 d’un monument commémoratif appelé « pyramide de Cysoing ». Elles proviennent d’un texte inédit, le « Journal » de l’abbé Laurent de Roques (conservé aux Archives générales du Royaume à Bruxelles). X
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Le communication de M. Plateaux reçut un accueil élogieux de la part des membres de la Commission Historique présents. M. le Dr. Gérard, M. le Gal. Milot, M. le chanoine Platelle, MM. Lentacker et Durut interviennent notamment pour apporter d’intéressantes précisions. On s’attacha surtout à détailler le séjour de Louis XV à Cysoing et à rappeler l’importance de la bataille de Fontenoy dans le règne du souverain. |