COMMUNICATION DU 15 DECEMBRE 2003


L'Hospice Gantois 1460-1995

 
par M. le Dr. Alain GÉRARD


Jean de le CAMBE, dit GANTOIS en raison de l’origine de sa famille, est un riche bourgeois de Lille connu pour son goût des responsabilités (échevin, roi de l’Épinette…) et sa générosité. Un des signes majeurs de celle-ci est la fondation en 1460, à cinquante ans, de l’hospice St Jean-Baptiste.

Cet établissement, rapidement désigné sous le nom de son fondateur, consiste en une vaste salle des malades destinée à l’accueil, leur vie durant, de 13 pauvres chartriers et du personnel nécessaire à leurs soins. Le tout est implanté dans sa demeure personnelle, sise rue des Malades. Son testament de 1466 confirme la donation, précise que les soins doivent être donnés par des sœurs Augustines et que la totalité de son habitation sera jointe à l’hospice lors de son décès, lequel intervient en 1496, le 7 novembre.

Il se fait inhumer sous le seuil de la chapelle, immédiatement mise en construction, et dont la dédicace est fêtée le 22 juillet 1496.

L’établissement est consacré à des chartriers, c’est-à-dire des invalides, des deux sexes. Malgré cette disposition, il n’est pas certain que des patients du sexe masculin aient été admis à Gantois. L’hospice est pourvu d’un chapelain, d’un cimetière, de revenus importants provenant de multiples donations. Ses comptes sont vérifiés annuellement par le maître de COMTESSE, un chanoine de la collégiale St Pierre et un descendant de la famille du donateur.

La communauté des Augustins compte de 6 à 8 sœurs avec éventuellement des novices. Elles sont aidées par deux servantes. Les revenus très confortables dont dispose l’hospice permettent aux XVIe et XVIIe siècles une reconstruction presque complète de la demeure du donateur : seules, les salles des malades et St François restent d’origine.

Une nouvelle chapelle est édifiée dans le prolongement de la grande salle des malades. Ses vastes dimensions sont justifiées moins par l’augmentation du nombre des patientes que par les nécessités d’accueil des fidèles venant prier  devant des reliques vénérées. Gantois avait déjà abrité en 1479 la châsse et les reliques de St PIAT mises à l’abri temporairement du vandalisme de bandes armées. Les restes d’une peinture murale témoignent de cet épisode peu connu.

Mais d’autres reliques sont déposées de façon durable : celles de St MEIN (ou MEEN) qui faisait l’objet d’un culte depuis 1549 sont solennellement déposées en 1656. Elles sont rejointes en1660 par celles du saint éponyme de l’hospice, Jean-Baptiste.

La vie paraît avoir été assez calme dans l’hospice et la chronique ne relève que peu d’accidents : tempête abattant le clocheton de la chapelle en 1557, incendie accidentel, qui respecte heureusement la voûte de la salle des malades, en 1629.

L’activité médicale est restreinte : un inventaire effectué en 1790 signale bien la présence d’un médecin et d’un chirurgien attachés à l’établissement, mais la faiblesse de leur « salaire » indique qu’ils intervenaient peu. Le même document mentionne que 20 hospitalisées sont soignées par 21 religieuses et que la moyenne annuelle des entrées ne s’élève qu’à deux !

L’atmosphère paisible de l’hospice est bouleversé par la tempête révolutionnaire : la suppression des receveurs de l’institution, comme de tous les hôpitaux ou hospices civils de France, plonge Gantois dans une profonde misère. Les plaintes motivées des religieuses, d’ailleurs expulsées en 1793, n’y changent rien. L’hospice rebaptisé « des Vertus républicaines » est dans une situation d’autant plus précaire qu’il doit abriter les femmes âgées provenant d’autres asiles supprimés.

La situation ne se rétablit progressivement qu’avec la création des « Commissions administratives des hospices civils » (loi du 7 octobre 1796). Celle de Lille, particulièrement active, réduit de 16 à 6 le nombre d’institutions hospitalières maintenues en activité. L’hospice Gantois est dans cette sélection et la concentration des moyens financiers de plusieurs hospices lui permette désormais d’abriter 60 dames impotentes. Ce nombre ne cessera de croître durant le XIXe siècle jusqu’à un maximum de 200 pensionnaires.

En 1816, la Commission administrative signe un contrat avec la Congrégation des Augustines de Cambrai qui assureront désormais le service infirmier dans plusieurs hôpitaux de Lille dont Gantois, où 9 d’entre elles sont affectées. Un médecin et un chirurgien, l’un et l’autre à temps partiel, sont nommés à l’hospice ; seul le médecin est maintenu à partir de 1872.

L’institution est devenue un élément important du plan d’assistance sociale de la ville. Gantois accueille des dames âgées de 70 ans (ou 60 en cas d’invalidité) dépourvues de revenus suffisants, mais ayant eu une certaine aisance, ayant résidé au moins 15 ans à Lille ou en étant originaires. Ce sont essentiellement des veuves de commerçants ou d’artisans qui postulent une place à cet hospice où les conditions d’hébergement sont plus acceptables qu’à l’Hospice général.

Le respect des conditions administratives et médicales d’admission est rigoureusement contrôlé par l’administration  hospitalière. Le nombre de candidates prouve l’utilité d’une institution qui supplée au défaut de retraite ou de pension de réversion parmi la population féminine.

La mortalité sera importante pendant la guerre de 1914-1918 en raison des sévères restrictions alimentaires. Plusieurs cas de béri-béri sont même observés prouvant l’intensité des carences vitaminiques.

En 1940, l’hospice est réquisitionné pendant trois mois par l’autorité  allemande. La fermeture de Gantois est alors envisagée, mais n’est pas réalisée en raison des protestations des pensionnaires transférées à l’Hospice général.

Gantois abrite pendant quelques années, après la Libération, une annexe du Centre-Anti-Cancéreux.

En 1989, une modification de la législation de l’accueil des personnes âgées fait transférer à l’administration municipale la gestion de l’hospice Gantois qui devient alors une Maison d’Accueil des Personnes Agées (M.A.P.A.). Les bâtiments restent toutefois la propriété du Centre Hospitalier de Lille. Cette situation prend fin en juin 1995 : devant l’importance des travaux qui seraient nécessaires pour mettre Gantois en conformité avec les règlements de sécurité, l’institution est fermée.

Ainsi prennent fin 535 années de fonctionnement continu comme institution d’accueil pour personnes âgées déshéritées.

Les bâtiments toujours propriété du Centre hospitalier régional de Lille sont loués par bail emphytéotique au groupe hôtelier S.L.I.H. qui ouvre un nouveau chapitre de leur histoire.
 
Discussion
 
Après avoir félicité l’orateur pour cette communication qui aborde des problèmes de fond, le chanoine Platelle revient sur la question de la date de la fondation de l’Hospice Gantois pour signaler qu’il y a là un problème qu’on retrouve avec nombre d’établissements religieux et charitables. M. P. Leman demande si des fouilles ont été menées lors des travaux entrepris pour la transformation du bâtiment en hôtel. Ont-elles été productives ? Le Dr. Gérard signale qu’elles ont été très partielles. Cependant, si limitées soient- elles, les renseignements qu’elles apporteront seront les bienvenus pour un bâtiment qui pose tant de questions.  M. B. Schaeffer revient sur la question du nombre de malades. L’orateur précise que le nombre des malades hospitalisés a été l’objet de notables fluctuations. Mlle Mestayer félicite le Dr. Gérard pour les précisions apportées sur le terme de chartriers. Elle rappelle qu’il existait à Douai un Hôpital dit des Chartriers. Il accueillait des hommes et des femmes ce qui ne posait pas problème. M. M. Desfossés revient sur la question de la dualité des chapelles pour signaler qu’on la trouve également à Avesnes. Enfin, M. Vanremortère aborde la question de l’utilisation de l’ancien hospice Gantois comme dépôt de pièces du musée hospitalier.

Au terme de la discussion, le Dr. Gérard emmène les membres de la Commission pour une visite approfondie du rez-de-chaussée de l’ancien Hospice Gantois.