COMMUNICATION
DU 15 DECEMBRE 1997
de M.
Bernard DELMAIRE
« Une
source inédite de
l’histoire de la région de Valenciennes :
le recueil
des miracles de N.-D.
de Malaise (1273) »
Le récit des
miracles de Notre-Dame de Malaise est inséré
dans un cartulaire de l’abbaye Saint-Martin de
Château-l’Abbaye conservé aux
Archives départementales du Nord sous la cote 58 H 118. Ce
recueil était
signalé brièvement dans l’inventaire imprimé
et est inédit.
Le cartulaire
lui-même date du XVIe siècle ; il a été
réalisé
en 1546 à la demande du prieur dom Dumoulin. Il compte 92
feuillets foliotés 80
à 172. Les feuillets centraux, numérotés 127
v°-134 (soit 12 pages) sont
occupés par la copie en latin du récit des miracles.
M. Delmaire attribue la
mise en forme du texte au XIIIe
siècle à Jean de Rotselaer notamment dans le but de
rectifier le contenu
théologique. Une traduction française en a
été imprimée à Valenciennes en 1723.
Les livrets de pèlerinage du XIXe siècle et du
début du XXe siècle gardent
encore la trace de ces récits.
Sur le pèlerinage
lui-même (toujours vivant aujourd’hui), et
son lien avec l’abbaye de Château, M. Delmaire rappelle que
cet établissement
de Prémontrés a été fondé en 1135
par Evrard, seigneur de Mortagne. Cet abbé,
après sept années de gouvernement calamiteux se retira au
lieu-dit
« Malaise » (nom attesté pour la
première fois en 1216) sur la
commune de Bruille où il aurait eu une apparition de la Vierge
lui demandant de
construire une chapelle. En ce lieu on transporta une statue de la
Vierge en
pierre provenant de Vieux-Condé, qui fut installée
au-dessus de la porte. Entre
1236 et 1273 se produisirent un certain nombre de guérisons
miraculeuses dont
21 sont relatées dans le recueil traduit et analysé par
M. Delmaire.
Notre orateur a
dégagé plusieurs caractères généraux
: il
s’agit essen-tiellement de guérisons corporelles et non de
grâces morales ou
spirituelles ; le rayonnement des miracles est localisé aux
environs de
Valenciennes ; la faveur se produit à la suite d’une
demande et est accompagnée
parfois d’une apparition en songe ; la guérison a lieu le
plus souvent à la
maison ou à l’église (un cas seulement
d’incubation et un cas de guérison
pendant la messe) ; le miracle est suivi d’offrandes, dans un cas
d’ex-voto et
dans trois cas de servitude volontaire.
Mais
l’intérêt du recueil réside surtout dans le
grand
nombre d’annotations sur la vie quotidienne, les affections et
les accidents
courants ; M. Delmaire en donna de larges extraits commentés
à tous les membres
présents de notre Commission et souligna le style piquant et
alerte des récits
ainsi que la justesse théologique (les remerciements sont
toujours donnés à
Dieu et à la Vierge Marie médiatrice).
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Cette communication
suscita le plus vif intérêt chez les
membres présents de notre Commission et les débats et
questions qui suivirent
permirent d’apporter de fort utiles précisions, notamment
sur les termes
utilisés dans les récits (médecin, basilique,
chanoine, « rationale
obsequium »). Le mot « Malaise » selon
M. Berger provient de
« Malatia » : sol sablonneux, marécageux.
M. le chanoine Platelle, M.
Berger, M. Sivéry, M. le Dr. Gérard
s’accordèrent pour souligner l’extrême
précision de ces récits qui loin de ressembler à
de fades vies de Saint,
donnent des renseignements exceptionnels sur les réactions des
gens, leur vie,
leurs sentiments religieux. Cette précision permit à
notre président de donner
un diagnostic médical aux maladies et accidents décrits.
Melle
Lesage précisa qu’actuellement, il ne reste rien de
l’abbaye ; la chapelle de
N.-D. de Malaise est protégée, avec le prieuré
autour, par les Monuments
Historiques ; la chapelle a des caractéristiques romanes alors
que le prieuré
date du XVIIIe siècle.