COMMUNICATION DU 28 AVRIL 1997
de Me
Défossez
Le culte
de Saint Etton,
évangélisateur de l’Avesnois
Le culte des Saints des
premiers siècles du christianisme
est, on le sait, souvent fortement entaché de larges zones
d’ombres
obscurcissant la précision des faits et des dates quant elles ne
mettent pas en
doute l’existence même du personnage à laquelle la
dévotion populaire prête
miracles et sainteté.
Celui de
« Saint Etton » n’échappe pas au
constat
et c’est tout le mérite de Me Défossez
d’avoir débrouillé les fils de la
tradition, décrypté la toponymie et repris les
traductions des anciennes
sources latines pour faire le point sur la légende et la
réalité.
L’orateur commence
par retracer les faits (le pèlerinage qui
subsiste aujourd’hui le Jeudi de l’Ascension à
Dompierre-sur-Helpe) et la vie
de Saint Etton, d’après un récit écrit par
un moine de Liessies vers 1755.
Saint Etton serait
arrivé d’Irlande en même temps qu’un
autre groupe de saints (dont le nombre varie selon les traditions), et
ce, à la
suite de l’ambassade de Saint Vincent Maldeguère,
beau-frère de Sainte
Aldegonde. Après un séjour à Rome où il
aurait été consacré évêque, il
s’installe dans l’Avesnois, au lieu-dit Fescau (Fuschau,
commune de
Saint-Hilaire-sur-Helpe) ; il construit ensuite un ermitage en
l’honneur de
Saint-Pierre (Domini Petri > Dompierre)
On lui attribue 2
miracles (celui de Jovin et celui de la
guérison du bouvier muet, ce qui lui vaut d’être
représenté un bâton à la main
et accompagné d’un boeuf) et une vision
ante
mortem. Il serait mort à
Fuscau
le 10 juillet 654 ou 662, entouré de disciples (embryon
d’une communauté
religieuse). Son corps aurait été transporté
à Dompierre le jour de l’Ascension
755, alors que les moines restent à Fuschau. En 1160, Guillaume
de Dompierre
fit don à l’abbaye de Liessies du corps de Saint Etton se
trouvant dans
l’église de Dompierre, ainsi que des biens
dépendant du prieuré sous réserve
d’y entretenir des moines et de ne pas déplacer le corps.
C’est pourtant ce que
Louis de Blois, abbé de Liessies, fit faire au XVIe
siècle. Me Défossez
souligne, non sans ironie, que le premier acte révolutionnaire
des habitants de
Dompierre fut, le 25 juillet 1789, d’aller rechercher le corps de
leur Saint à
Liessies.
Après avoir
démontré les invraisemblances de cette tradition
(notamment le transfert du corps du Saint loin du groupe de moines qui
le
protègent) l’orateur reprend chacun des
éléments sur lesquels il est possible
de s’appuyer.
Les sources
écrites sont peu nombreuses. La
Vita,
écrite dans une prose assonancée
influencée par la renaissance carolingienne ne semble pas
destinée à la
communauté de Fuschau mais plutôt (Me Défossez cite
ici plusieurs arguments en
faveur de cette hypothèse) au monastère de Vaulsort,
près d’Hastières,
dépendant de l’évêché de Metz. La
Geste
des évêques de Cambrai (début du XIe
siècle), la
Vie de
Sainte-Hiltrude (début
du XIe siècle), la
Vie de
Saint-Eloch (début
du XIe
siècle) font mention également de Saint Etton,
« scottus » de
naissance et du pèlerinage à Dompierre. Enfin Saint Etton
aurait été témoin du
Testament de
Sainte-Aldegonde ce qui,
dans l’hypothèse de datation la plus basse, attesterait un
culte dès 850.
En s’aidant
d’une carte IGN, Me Défossez reprend les
hypothèses des noms de lieux cités dans les textes. Il en
arrive à la
conclusion que Fescau, reste d’un grand domaine romain ou
villa
serait le nom d’une circonscription
« administrative » et que Dompierre en serait une
dépendance. Il ne
faut donc pas opposer 2 lieux différents : Etton serait en
réalité mort à
Dompierre, dépendance de Fuscau. Le récit de la
Gesta mal
compris ultérieurement par les moines de
Liessies aurait
donné lieu au développement d’un culte au lieu
même de Fuschau, qui ne semble
pas être antérieur au XVIIe siècle.
Démythifiant
également le récit des miracles de Saint Etton,
Me Défossez leur donne une portée hautement symbolique
dans ces premiers temps
du Christianisme. Le Saint aurait installé son ermitage à
un endroit où
subsistait un culte ancien dédié à Jupiter
(d’où le « miracle » de
Jovin) ; son action pastorale auprès des populations locales
aurait porté sur 2
points essentiels du christianisme : le baptême (miracle du
bouvier muet) et
l’enterrement (vision du sarcophage).
Enfin Me Défossez
s’est attaché à dresser une carte du rayonnement
du culte de Saint Etton, laquelle coïncide avec celle des biens du
prieuré de
Dompierre.
X
X X
Le Dr. Gérard
remercie vivement l’orateur pour la qualité et
l’intérêt de son exposé que tous ont suivi
comme une enquête policière. M. le
chanoine Platelle, M. Leman, Mme Jeanson, Melle Mestayer se joignirent
à ces
félicitations ; le débat qui s’en suivit permit
d’ajouter quelques précisions :
le mot
« Scottus »
veut
dire en réalité « insulaire » alors
que
« erigenus »
veut dire
« irlandais » ; le terme
de moine irlandais est davantage un terme générique
qu’une indication certaine
de provenance. A Fescau se trouve un grand cimetière franc du
VIIe siècle (M.
Leman). Le Dr. Gérard souligne le transfert du pouvoir
thaumaturgique du Saint,
des hommes aux animaux. Mme Jeanson rappelle l’existence de
nombreuses
chapelles à Sources dans l’Avesnois dont
l’implantation correspond aussi bien
au désir de christianiser un culte antérieur, et
protéger le point d’eau du mal
que de tirer parti d’un lieu de passage. Sur le culte de Saint
Etton, il n’y a
guère d’attestations toponymiques
: une
croix de Saint Etton au Quesnoy est signalée comme le point le
plus oriental.